mercredi 17 avril 2024
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Mort d’un général controversé : l’histoire secrète de Khaled Nezzar

Un personnage controversé

Le général Khaled Nezzar, ancien ministre de la défense algérien, est mort vendredi 29 décembre 2023 à l’âge de 86 ans. Son décès survient au lendemain de l’annonce par la justice suisse de l’ouverture de son procès pour « crimes de guerre et crimes contre l’humanité » le 17 juin 2024. Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a rendu hommage à « une éminente personnalité militaire ayant voué sa vie, pleine de sacrifices et de dévouement, au service de la patrie, à partir des différents postes et responsabilités qu’il a occupés ».

Né pour le service depuis son enfance

Né le 25 décembre 1937, à Seriana, dans le département de Batna (est du pays), Khaled Nezzar intègre l’armée française en 1949, passant notamment par l’Ecole nationale des sous-officiers d’active à Saint-Maixent-l’Ecole, d’où il sort sous-officier. Il déserte en avril 1958 pour rejoindre l’Armée de libération nationale algérienne en Tunisie. Il fera ainsi partie des fameux « DAF » – déserteurs de l’armée française – utilisés par le président Houari Boumediene pour leurs compétences militaires. Au fil des ans, ils occuperont les postes-clés.

Une domination absolue

Après l’indépendance, Khaled Nezzar rejoint l’académie militaire Frounze en URSS puis, en 1975, l’Ecole de guerre de Paris. En 1986, il est nommé commandant de forces terrestres, un poste qui, souvent, prépare à celui de chef d’état-major de l’armée, colonne vertébrale du système politique autoritaire mis en place à l’indépendance de l’Algérie en 1962.
En octobre 1988, pour faire face à la révolte de la jeunesse qui se répand dans toutes les villes du pays avec des attaques violentes contre les symboles du régime, notamment les locaux du Front de libération nationale (FLN) et ceux de la police, le président Chadli Bendjedid décrète l’état de siège. Le général Khaled Nezzar est chargé de rétablir l’ordre, et il accomplit sa mission avec une grande brutalité : le bilan, jamais admis officiellement, est d’au moins 500 morts. Des milliers de personnes sont arrêtées, notamment des militants du Parti de l’avant-garde socialiste (épigone du Parti communiste algérien) et torturés. Des témoignages terrifiants seront consignés dans le Cahier noir d’octobre, édité en 1989 par le Comité national contre la torture. La colère politique et sociale qui a explosé en octobre 1988 va être récupérée par les islamistes, dont le poids grandissant sera incarné par le Front islamique du salut (FIS).
Un mois après avoir maté la révolte d’octobre, Khaled Nezzar est promu, le 16 novembre 1988, chef d’état-major de l’armée, devenant ainsi l’un des hommes les plus puissants du pays. En 1990, dans la foulée des réformes mettant fin au parti unique, Chadli Bendjedid désigne Khaled Nezzar comme ministre de la défense nationale, un poste que les chefs d’Etat s’étaient jusque-là réservés.

Une fin de vie empreinte de controverses

L’histoire de Khaled Nezzar est donc intimement liée à celle de l’Algérie du 20e siècle. Sa mort intervient dans un contexte marqué par des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Cette information fait ainsi écho aux événements qui ont marqué la vie et la carrière du général : violences contre les manifestants, brutalités ayant conduit à un nombre conséquent de victimes, et répressions accusées, le bilan de Khaled Nezzar est à la fois impressionnant et assombri.

Mots-clés :

Khaled Nezzar, Algérie, général, ministre de la défense, crimes de guerre, crimes contre l’humanité, révolte, Armée de libération nationale.

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