vendredi 24 mai 2024
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La disparition incommensurable de Pierre Alferi : un écrivain unique aux multiples facettes

Décès de Pierre Alferi, un écrivain merveilleux

En apprenant le décès de Pierre Alferi, le mercredi 16 août 2007, à Paris, à l’âge de 60 ans, on ressent immédiatement une tristesse profonde. Perdre un écrivain aussi merveilleux est une perte personnelle, presque égoïste. Pierre Alferi était un auteur dont la singularité et la pluralité étonnaient. Au fil des années, ses livres et ses diverses réalisations venaient compléter avec régularité et malice une œuvre en mouvement perpétuel. Son œuvre était vivante, se situant au carrefour de la poésie, du roman, du cinéma, de la musique, de la philosophie, des arts plastiques, et même des sciences et des techniques. Bien que sa mort ait mis fin à son parcours créatif, son œuvre reste ouverte, prête à être découverte et explorée par de nombreuses lectures.

Pierre Alferi était issu d’une famille d’intellectuels. Fils aîné de Jacques Derrida (1930-2004), philosophe renommé, et de Marguerite Aucouturier (1932-2020), psychanalyste et traductrice, lui-même était philosophe de formation. Après avoir étudié à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, il a réussi l’agrégation et a soutenu une thèse sous la direction de Louis Marin sur le penseur et théologien médiéval Guillaume d’Ockham (vers 1285-1349). Sa thèse a été publiée par la suite sous le titre « Guillaume d’Ockham le singulier » (Minuit, 1989). Bien qu’il n’ait jamais mis en avant son ascendance prestigieuse, Pierre Alferi était fidèle à l’esprit de son père, Jacques Derrida. Il lui a d’ailleurs rendu un hommage discret dans son dernier livre « Divers chaos » (P.O.L, 2020) en évoquant « la carte postale de son père », faisant référence au célèbre livre de Jacques Derrida « La Carte postale. De Socrate à Freud et au-delà » (Aubier-Flammarion, 1980). Comme son père, Pierre Alferi était animé par une curiosité philosophique, une passion pour les jeux spéculatifs et une rigueur dans l’attention portée aux objets les plus inattendus. Il avait également un don pour trouver des titres mémorables, tels que « Kub Or », « Fmn », « Sentimentale journée », « Après vous », « Kiwi », toutes ces œuvres ayant été publiées chez P.O.L entre 1994 et 2012. On peut également mentionner son roman « Le Cinéma des familles » (P.O.L, 1999), qui réinvente avec joie le genre autobiographique en imaginant un récit filmé par un enfant dès son plus jeune âge, dédié à « Mompère » et « Mammère ».

Bien qu’il se soit d’abord consacré à la poésie et ait publié de nombreux recueils et essais à partir des années 1990, Pierre Alferi avait une propension précoce au partage créatif et à l’amitié artistique. Il a collaboré, sous le nom de Thomas Lago, avec le musicien et chanteur du groupe Kat Onoma, Rodolphe Burger, avec qui il a créé les Cinépoèmes et les films parlants au début des années 2000. Ces projets ont ensuite été repris sur différentes scènes françaises au printemps dernier. Pierre Alferi a également travaillé avec le sculpteur Jacques Julien, co-écrit un disque avec Jeanne Balibar (« Paramour », 2003), participé à la création de spectacles avec la chorégraphe Fanny de Chaillé, animé la revue « Détail » avec la photographe Suzanne Doppelt, et dirigé, aux côtés d’Olivier Cadiot, les deux numéros d’une publication historique appelée « La Revue de littérature générale » en 1995 et 1996, qui présente le panorama de la création poétique à l’aube du nouveau siècle. Enfin, Pierre Alferi était également traducteur (de John Donne, Giorgio Agamben, John Ashbery…) et professeur à l’Ecole des beaux-arts de Paris.

Le décès de Pierre Alferi laisse un grand vide dans le paysage littéraire et artistique français. Son œuvre était empreinte d’une inventivité et d’une profondeur intellectuelle qui méritent d’être explorées et célébrées. Il était un écrivain polyvalent et insaisissable, capable de créer des ponts entre les différentes disciplines artistiques et intellectuelles. Son héritage se perpétue à travers ses livres, ses collaborations et son enseignement, et continuera d’être une source d’inspiration pour de nombreuses générations de créateurs.

Mots-clés: Pierre Alferi, écrivain, décès, œuvre, singularité, pluralité, poésie, roman, cinéma, musique, philosophie, arts plastiques, sciences, Jacques Derrida, Marguerite Aucouturier, Guillaume d’Ockham, autobiographie, créativité, collaboration, Revue de littérature générale, traducteur, enseignement, Paris, 2007.

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