Trump veut placer Infantino, patron de la FIFA, à l’ONU

À l’approche de la succession d’António Guterres, l’hypothèse d’un soutien de Donald Trump à Gianni Infantino pour diriger l’ONU bouscule les usages diplomatiques. Entre influence du football mondial, proximité politique avec Washington et rapports de force au Conseil de sécurité, ce scénario soulève des questions majeures sur l’avenir du multilatéralisme. Le président de la FIFA, figure médiatique mais controversée, pourrait-il convaincre au-delà du sport et incarner une autorité internationale crédible ? Cette perspective, encore incertaine, révèle surtout les tensions croissantes entre ambitions américaines, équilibres géopolitiques et recherche d’un consensus mondial durable dans une organisation déjà fragilisée par les crises contemporaines multiples.

Gianni Infantino à l’ONU, le pari surprise de Donald Trump pour l’après Guterres

La possible candidature de Gianni Infantino au poste de secrétaire général de l’ONU s’impose comme l’un des scénarios les plus inattendus de l’après António Guterres. Selon des informations relayées par la presse américaine, Donald Trump envisagerait de soutenir le président de la FIFA pour prendre la tête des Nations unies, une institution avec laquelle ses relations ont souvent été conflictuelles.

L’idée surprend autant qu’elle intrigue. Infantino n’est pas diplomate de carrière, mais il dirige depuis plusieurs années une organisation mondiale dont l’influence dépasse largement le terrain sportif. La FIFA rassemble 211 fédérations nationales, davantage que le nombre d’États membres de l’ONU. Pour ses soutiens, cet argument compte : le dirigeant italo-suisse aurait démontré une capacité à dialoguer avec des gouvernements très différents, y compris dans des contextes politiquement sensibles.

Reste que transformer une notoriété sportive en légitimité diplomatique constitue un pari risqué. Le poste de secrétaire général exige une maîtrise des crises internationales, des équilibres géopolitiques et du droit multilatéral. En plaçant Infantino dans l’équation, Trump enverrait donc un signal clair : privilégier un profil médiatique, relationnel et mondialement identifié plutôt qu’un candidat issu des circuits diplomatiques traditionnels.

Coupe du monde et FIFA, les coulisses d’une proximité grandissante entre Trump et Infantino

Le rapprochement entre Donald Trump et Gianni Infantino s’est accéléré autour de la Coupe du monde, notamment avec l’organisation du tournoi en grande partie aux États-Unis. Dans ce contexte, le président de la FIFA a multiplié les gestes d’ouverture envers Washington, tandis que Trump a vu dans l’événement une vitrine politique, économique et symbolique d’envergure mondiale.

Le football, longtemps secondaire dans l’imaginaire sportif américain, est devenu un levier d’influence. Stades, sponsors, sécurité, diplomatie sportive : la Coupe du monde a placé la FIFA et l’administration américaine dans une coopération constante. Infantino, habitué aux grands sommets et aux négociations complexes, a su se montrer présent auprès des décideurs américains, cultivant une relation directe avec Trump.

Un épisode a particulièrement marqué les observateurs : l’attribution à Donald Trump d’un prix de la paix de la FIFA, présentée comme une reconnaissance symbolique. Le geste a été perçu par certains comme une manœuvre d’influence, par d’autres comme une manière pour Infantino d’entretenir un accès privilégié au pouvoir américain. Dans tous les cas, cette proximité nourrit aujourd’hui l’hypothèse d’un soutien politique à l’ONU.

À l’ONU, le Conseil de sécurité garde la clé de la succession

Même avec l’appui de Donald Trump, une éventuelle candidature de Gianni Infantino à la tête de l’ONU ne pourrait aboutir sans le feu vert du Conseil de sécurité. C’est là que se joue l’essentiel de la succession d’António Guterres. Les quinze membres du Conseil doivent recommander un nom à l’Assemblée générale, mais les cinq membres permanents – États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni – disposent chacun d’un droit de veto.

Ce mécanisme rend toute nomination extrêmement politique. Un candidat apprécié par Washington peut être bloqué par Moscou ou Pékin. À l’inverse, un profil jugé trop proche d’une grande puissance peut susciter des résistances chez les autres. Dans le cas d’Infantino, sa proximité affichée avec Trump serait à la fois un atout et un handicap : elle pourrait sécuriser le soutien américain, mais fragiliser sa crédibilité auprès d’États soucieux de préserver l’indépendance du secrétariat général.

Le vote ne repose donc pas seulement sur la popularité internationale d’un candidat. Il dépend d’un équilibre délicat entre diplomatie, neutralité perçue et capacité à rassurer des blocs rivaux. À l’ONU, l’image compte, mais le consensus reste décisif.

Face à Infantino, des candidats au profil diplomatique déjà dans la course

Si Gianni Infantino devait entrer officiellement dans la course, il ferait face à des personnalités déjà identifiées dans les cercles diplomatiques. Parmi les noms évoqués figurent Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et ex-haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rebeca Grynspan, responsable de la Cnuced, ainsi que Macky Sall, ancien président du Sénégal.

Ces profils présentent un avantage évident : ils connaissent les institutions internationales de l’intérieur. Bachelet incarne l’expérience politique et les droits humains. Grossi bénéficie d’une expertise stratégique sur le nucléaire, sujet central dans un monde instable. Grynspan possède une solide crédibilité économique et multilatérale. Macky Sall, lui, peut mettre en avant son expérience de chef d’État africain et son rôle dans plusieurs médiations régionales.

Face à eux, Infantino représenterait une candidature atypique, plus médiatique que diplomatique. Son parcours à la FIFA lui donne une stature mondiale, mais il devrait convaincre qu’il peut gérer les guerres, les crises humanitaires, les tensions commerciales et les fractures Nord-Sud. La comparaison avec ces candidats expérimentés serait donc inévitable.

Entre Washington et les Nations unies, une candidature sous haute tension

Une candidature de Gianni Infantino portée par Washington arriverait dans un climat particulièrement tendu entre les États-Unis et les Nations unies. Les désaccords se sont multipliés sur plusieurs dossiers internationaux, notamment au Moyen-Orient, où les positions américaines ont souvent heurté une partie des membres de l’ONU. Dans ce contexte, tout candidat perçu comme proche de Donald Trump serait immédiatement scruté.

Le poste de secrétaire général exige une indépendance visible. Or, Infantino a parfois été critiqué pour sa gestion politique de la FIFA, notamment sa capacité à composer avec des régimes puissants et controversés. Ses partisans y voient du pragmatisme. Ses détracteurs y lisent une forme d’opportunisme diplomatique. À l’ONU, cette ambiguïté pourrait peser lourd.

Washington pourrait chercher à installer un dirigeant moins hostile à ses priorités, plus sensible à une approche transactionnelle des relations internationales. Mais une telle stratégie risquerait de provoquer un réflexe de rejet chez plusieurs États membres, attachés au multilatéralisme classique. La question centrale serait alors simple : Infantino serait-il le candidat du monde, ou celui d’un président américain ?

Avant le vote de décembre, les scénarios qui peuvent tout changer

D’ici au vote prévu en décembre, plusieurs scénarios peuvent bouleverser la succession d’António Guterres. Le premier serait l’entrée officielle de Gianni Infantino dans la compétition, avec un soutien explicite de Donald Trump. Une telle annonce modifierait immédiatement les rapports de force, obligeant les autres candidats à se positionner face à un profil très médiatisé et soutenu par une puissance majeure.

Le deuxième scénario repose sur les vetos. La Chine ou la Russie pourraient refuser un candidat jugé trop proche des États-Unis. La France ou le Royaume-Uni pourraient, eux aussi, privilégier un profil diplomatique plus traditionnel. Dans ce cas, Infantino pourrait devenir un nom de négociation plutôt qu’un véritable favori, utilisé pour peser sur le choix final.

Un troisième scénario verrait émerger un compromis de dernière minute, comme cela s’est souvent produit dans l’histoire de l’ONU. Un candidat moins exposé, capable de rassurer plusieurs blocs, pourrait alors s’imposer. Enfin, l’opinion publique internationale, les ONG et les États du Sud global joueront un rôle indirect mais réel. À ce niveau, la crédibilité morale comptera presque autant que l’habileté politique.

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