Diffamation : Marie Portolano face à Pierre Ménès

Le procès opposant Marie Portolano à Pierre Ménès s’ouvre dans un contexte médiatique particulièrement sensible, entre liberté d’expression, réputation et dénonciation du sexisme dans le journalisme sportif. Poursuivie pour diffamation après la publication de son livre, la journaliste voit ses propos examinés par la justice, alors que l’ancien chroniqueur conteste fermement les accusations rapportées. Cette affaire, déjà marquée par le documentaire de 2021 et plusieurs procédures distinctes, ravive les débats sur les violences sexistes et sexuelles dans les médias, la parole des femmes et les limites juridiques du témoignage public, au cœur d’un dossier suivi de près par l’opinion publique.

Marie Portolano jugée à Paris pour diffamation envers Pierre Ménès

Marie Portolano doit comparaître à Paris dans une procédure en diffamation engagée par Pierre Ménès, ancien chroniqueur emblématique du football sur Canal+. L’affaire trouve son origine dans des écrits publiés par la journaliste, aujourd’hui présentatrice de La Maison des Maternelles sur France 2, au sujet de faits qu’elle dit avoir subis sur un plateau de télévision en 2016.

Au centre du dossier, une accusation grave : Marie Portolano évoque une agression sexuelle présumée survenue dans l’environnement professionnel du Canal Football Club. Pierre Ménès conteste la manière dont ces faits sont rapportés et a choisi de saisir la justice, non pas directement sur le fond pénal de l’épisode évoqué, mais sur le terrain de la diffamation.

Cette audience parisienne intervient dans un climat judiciaire et médiatique sensible. Depuis plusieurs années, le nom de Pierre Ménès reste associé aux débats sur le sexisme dans le journalisme sportif, tandis que Marie Portolano est devenue l’une des voix les plus identifiées sur ces questions. Le procès doit donc examiner des mots, des formulations et leur portée publique, dans un dossier où se croisent liberté d’expression, réputation et dénonciation de comportements sexistes.

Les passages de Je suis la femme du plateau au cœur de la plainte

La plainte de Pierre Ménès ne vise pas le documentaire diffusé en 2021, mais le livre de Marie Portolano, Je suis la femme du plateau, paru en mars 2024 aux éditions Stock. Dans cet ouvrage, la journaliste revient sur son parcours professionnel, sur la place réservée aux femmes dans les rédactions sportives et sur un épisode qu’elle situe sur un plateau de Canal+ en 2016.

Deux passages sont particulièrement scrutés par la justice. Dans l’un d’eux, Marie Portolano écrit qu’un homme, qu’elle ne nomme pas explicitement, « se permettait de faire ce que bon lui semblait aux femmes qui l’entouraient » et de « toucher qui il voulait, où il voulait ». Cette formulation, très accusatoire, est au cœur de l’analyse juridique : la question sera de déterminer si le lecteur pouvait identifier Pierre Ménès et si les propos relèvent d’une base factuelle suffisante.

Le second passage visé contient une formule plus directe : « Il avoue qu’il l’a fait ». Pour la défense du plaignant, ces mots porteraient atteinte à son honneur. Pour celle de Marie Portolano et de l’éditeur, ils s’inscrivent dans un récit personnel et dans un contexte déjà largement médiatisé. C’est précisément cette frontière entre témoignage, interprétation et imputation diffamatoire qui sera débattue.

Le documentaire de 2021 qui a fait basculer l’affaire Pierre Ménès

Si la procédure actuelle découle du livre publié en 2024, le tournant médiatique remonte à 2021 avec le documentaire Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste, coréalisé par Marie Portolano. Ce film consacré au sexisme dans le journalisme sportif avait provoqué une onde de choc, en exposant des témoignages de femmes confrontées à des remarques, comportements ou gestes déplacés dans un milieu longtemps dominé par des figures masculines.

La polémique autour de Pierre Ménès s’est amplifiée après la révélation de séquences coupées au montage par Canal+, puis publiées par le média Les Jours. On y voyait Marie Portolano reprocher à l’ancien chroniqueur de lui avoir soulevé la jupe devant le public du Canal Football Club en 2016. Dans l’extrait, Pierre Ménès disait ne pas s’en souvenir, tout en tenant des propos qui ont fortement choqué l’opinion.

Cette séquence a marqué une rupture nette dans sa trajectoire professionnelle. Après près de douze ans de collaboration, Canal+ a mis fin à sa présence à l’antenne. Le documentaire a ainsi dépassé son objet initial pour devenir un moment clé du débat public sur les violences sexistes et sexuelles dans les médias.

Les procédures distinctes autour des faits présumés de Canal+

L’affaire actuellement jugée à Paris pour diffamation doit être distinguée des autres volets judiciaires liés à Pierre Ménès. Marie Portolano n’a pas déposé plainte pour les faits qu’elle dit avoir subis en 2016 sur le plateau de Canal+. Elle a même déclaré, après l’emballement médiatique, regretter une forme de « chasse à l’homme », soulignant que l’ancien consultant ne pouvait être tenu pour responsable de « l’intégralité du sexisme en France ».

Malgré l’absence de plainte de la journaliste, le parquet de Nanterre a ouvert une enquête en 2022 concernant ces faits présumés. Un procès distinct est prévu le 16 novembre. Ce dossier porte donc sur la matérialité éventuelle des faits évoqués à Canal+, tandis que l’audience parisienne se concentre sur les propos publiés dans un livre et leur caractère potentiellement diffamatoire.

Par ailleurs, Pierre Ménès a déjà été condamné en 2023 à deux mois de prison avec sursis pour une agression sexuelle survenue en 2018 dans un magasin Nike. Lors du même jugement, il a été relaxé de deux autres accusations. Ces procédures séparées nourrissent un contexte judiciaire complexe, mais chacune répond à des faits, des qualifications et des calendriers propres.

Un procès sous tension face à une possible demande de renvoi

L’audience prévue à Paris pourrait ne pas se tenir immédiatement. La défense de Pierre Ménès, âgé de 63 ans, a sollicité un renvoi en raison d’un rendez-vous médical. Une telle demande, si elle est acceptée par le tribunal, reporterait l’examen du dossier à une date ultérieure, prolongeant encore une affaire déjà très suivie par les médias et par les observateurs des questions de violences sexistes.

Du côté de Marie Portolano, son avocat, Christophe Bigot, conteste cette perspective. Il estime que Pierre Ménès « ne veut pas que cette affaire se plaide », laissant entendre que le rapport de force judiciaire ne serait pas nécessairement favorable au plaignant. Cette déclaration illustre la tension qui entoure le procès, où chaque partie cherche à imposer sa lecture du dossier avant même l’examen au fond.

Le directeur général des éditions Stock, Manuel Carcassonne, est également poursuivi. Sa présence dans la procédure rappelle que les affaires de diffamation liées à un ouvrage impliquent souvent non seulement l’auteur, mais aussi l’éditeur. Le tribunal devra donc se prononcer sur la responsabilité éditoriale, la bonne foi éventuelle, la prudence dans l’expression et l’intérêt général du sujet traité.

Une affaire devenue symbole du sexisme dans le journalisme sportif

Au-delà du bras de fer judiciaire entre Marie Portolano et Pierre Ménès, cette affaire est devenue un symbole du sexisme dans le journalisme sportif. Elle cristallise des années de témoignages sur la difficulté, pour les femmes journalistes, d’exercer dans un univers où la légitimité professionnelle a souvent été contestée, parfois par des remarques humiliantes, parfois par des gestes dénoncés comme déplacés.

Après la mise en examen de Marie Portolano pour diffamation, un collectif de journalistes a dénoncé une « inversion de la charge victimaire ». Selon ses membres, une femme qui prend la parole pour dénoncer des violences patriarcales se retrouve à devoir se défendre devant la justice. Cette réaction montre combien l’affaire dépasse le seul cadre d’un litige personnel : elle interroge la manière dont la société accueille la parole des femmes dans les médias.

Le dossier soulève aussi une question délicate : comment concilier présomption d’innocence, protection de la réputation et nécessité de documenter des comportements sexistes au travail ? Dans le journalisme sportif, longtemps marqué par une culture de plateau très masculine, l’affaire Portolano-Ménès reste l’un des cas les plus visibles d’un changement d’époque.

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