Choose Outre-mer : le sommet pour attirer des millions

Après le succès de Choose France, l’exécutif veut orienter les projecteurs vers les territoires ultramarins avec un rendez-vous économique dédié. Le 1er octobre, Choose Outre-mer ambitionne de rapprocher investisseurs, entreprises locales et pouvoirs publics autour d’un enjeu majeur : transformer les potentiels régionaux en projets financés, emplois durables et croissance partagée. Dans un contexte marqué par la vie chère, le chômage élevé et les besoins d’infrastructures, cette initiative doit aussi clarifier la stratégie de l’État. Elle ouvre une séquence décisive pour l’attractivité, le financement et la compétitivité des Outre-mer, à l’heure des arbitrages budgétaires nationaux et des attentes sociales toujours fortes.

Choose Outre-mer, le sommet inédit pour attirer les investisseurs dans les territoires ultramarins

Le gouvernement mise sur Choose Outre-mer pour replacer les territoires ultramarins au cœur de la stratégie économique nationale. Annoncé par la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, ce premier sommet économique se tiendra le 1er octobre à la Banque de France, à Paris, avec une ambition claire : attirer davantage d’investisseurs vers des économies souvent perçues comme éloignées, complexes ou insuffisamment visibles.

Inspiré du modèle Choose France, devenu une vitrine majeure de l’attractivité française auprès des capitaux internationaux, l’événement entend adapter cette logique aux réalités ultramarines. Il ne s’agit pas seulement de présenter des projets, mais de créer un espace de confiance entre entrepreneurs locaux, grands groupes, fonds d’investissement, banques, collectivités et services de l’État.

La démarche arrive dans un contexte sensible. Les Outre-mer disposent d’atouts économiques considérables, mais restent confrontés à des coûts logistiques élevés, à une dépendance aux importations et à un accès parfois limité au financement. En concentrant les regards sur ces territoires, Choose Outre-mer veut transformer l’image économique ultramarine : non plus celle de marchés périphériques, mais celle de plateformes stratégiques ouvertes sur l’Atlantique, l’océan Indien et le Pacifique.

Investissements Outre-mer, un fonds public privé et des rencontres pour financer les projets locaux

Le sommet doit déboucher sur des outils concrets, à commencer par la création d’un fonds à impact public-privé doté de plusieurs dizaines de millions d’euros. L’objectif est de financer des projets locaux capables de générer à la fois de la valeur économique, des emplois durables et des retombées sociales mesurables dans les territoires ultramarins.

Ce fonds devrait cibler en priorité les entreprises confrontées à un déficit de capitaux, alors même qu’elles évoluent dans des secteurs porteurs : transition énergétique, agrotransformation, tourisme durable, économie bleue, numérique, industrie légère ou encore valorisation des ressources naturelles. Pour de nombreuses PME ultramarines, l’enjeu n’est pas seulement d’obtenir un prêt, mais de bénéficier d’un accompagnement structurant, de partenaires solides et d’une visibilité suffisante auprès des décideurs financiers.

Les rencontres prévues entre entreprises, investisseurs et acteurs publics constituent donc un élément central du dispositif. Elles doivent permettre d’accélérer les mises en relation, de clarifier les besoins de financement et d’identifier les projets les plus matures. En parallèle, un job dating organisé avec France Travail et l’Apec, à Paris et dans les préfectures ultramarines concernées, vise à relier investissement et emploi. Le message est direct : financer les entreprises locales doit aussi contribuer à recruter, former et retenir les talents.

Économie ultramarine, les atouts stratégiques des territoires mis en vitrine

La réussite de Choose Outre-mer dépendra largement de la capacité à montrer la diversité et la puissance des atouts ultramarins. Chaque territoire possède des ressources, des positions géographiques et des savoir-faire qui peuvent répondre à des enjeux mondiaux, à condition d’être mieux structurés et mieux présentés aux investisseurs.

La Guyane illustre cette dimension stratégique avec l’or, la forêt, mais aussi le spatial, grâce au Centre spatial guyanais, infrastructure clé de la souveraineté européenne. La Nouvelle-Calédonie, malgré ses tensions, reste associée au nickel, métal essentiel pour les batteries et la transition énergétique. La Polynésie française dispose, elle, d’un capital exceptionnel autour de la biodiversité, de l’océan, du tourisme haut de gamme et de la recherche liée aux écosystèmes marins.

Au-delà de ces exemples, les économies ultramarines occupent des positions uniques dans leurs bassins régionaux. Elles peuvent devenir des portes d’entrée vers les Caraïbes, l’Amérique du Sud, l’Afrique australe ou l’Asie-Pacifique. Cette géographie, longtemps considérée comme une contrainte, peut devenir un avantage compétitif. Encore faut-il améliorer les infrastructures, sécuriser les cadres juridiques et faciliter les partenariats entre acteurs locaux et investisseurs extérieurs. La vitrine économique doit donc être ambitieuse, mais aussi réaliste, pour convaincre durablement.

Chômage en Outre-mer, la création de richesses comme levier social prioritaire

La ministre des Outre-mer place la création de richesses au centre de la réponse sociale, dans des territoires où le chômage demeure nettement supérieur à la moyenne nationale. Le diagnostic est connu : les jeunes, les femmes et les publics peu qualifiés sont les plus touchés, avec des écarts persistants qui alimentent précarité, départs forcés et tensions sociales.

Dans cette perspective, l’investissement n’est pas présenté comme une fin en soi, mais comme un levier pour créer des emplois locaux, renforcer les compétences et élargir les débouchés économiques. Une entreprise qui se développe dans l’agroalimentaire, les énergies renouvelables ou le numérique peut générer des postes directs, mais aussi stimuler une chaîne de sous-traitants, de transporteurs, de prestataires et de services de proximité.

Le sommet ne prétend toutefois pas résoudre en une journée des difficultés accumulées depuis des décennies. Le chômage ultramarin s’explique par des marchés étroits, une offre de formation parfois mal alignée avec les besoins, des freins à la mobilité et une dépendance forte à certains secteurs publics ou saisonniers. C’est pourquoi l’association avec France Travail et l’Apec prend une dimension importante. Elle doit rapprocher les projets financés des besoins réels en recrutement, afin que la croissance annoncée se traduise concrètement dans les foyers ultramarins.

Vie chère Outre-mer, le projet de loi attendu pour défendre le pouvoir d’achat

Le gouvernement prévoit de faire examiner à partir de janvier le projet de loi contre la vie chère en Outre-mer, un dossier hautement sensible dans des territoires où les prix alimentaires et les produits de première nécessité dépassent souvent ceux de l’Hexagone. Pour les ménages, la question n’est pas théorique : elle touche directement le panier de courses, le logement, le carburant et l’accès aux biens essentiels.

Cette future loi est attendue comme un signal politique fort, mais aussi comme un test d’efficacité. Les causes de la vie chère sont multiples : éloignement géographique, frais de transport, faible concurrence, chaînes d’importation concentrées, fiscalité locale, stockage coûteux et dépendance à certains distributeurs. Agir sur les prix suppose donc d’intervenir sur plusieurs maillons à la fois, sans fragiliser les entreprises locales déjà soumises à des contraintes spécifiques.

La ministre évoque une méthode progressive, faite de mesures concrètes plutôt que de promesses spectaculaires. Parmi les priorités figure aussi la réduction des délais de paiement, qui pèsent sur la trésorerie des petites entreprises. Défendre le pouvoir d’achat ne peut donc pas être dissocié d’une politique économique plus large : il faut contenir les prix, améliorer la concurrence, soutenir la production locale et éviter que les surcoûts structurels ne soient toujours reportés sur les consommateurs.

LODEOM et cap économique, les garanties clés pour rassurer les entreprises ultramarines

La préservation de la LODEOM apparaît comme une garantie essentielle pour les entreprises ultramarines. Ce dispositif, issu de la loi pour le développement économique des Outre-mer de 2009, permet d’alléger les cotisations patronales afin de compenser une partie des surcoûts liés à l’éloignement, à l’insularité, à l’étroitesse des marchés et aux contraintes logistiques.

Pour de nombreux employeurs, notamment dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre, la LODEOM n’est pas un avantage accessoire. Elle constitue un élément d’équilibre économique, parfois déterminant pour maintenir des emplois, investir ou absorber les variations de coûts. L’annonce de son maintien dans le projet de budget 2027 vise donc à rassurer un tissu entrepreneurial qui réclame de la visibilité et de la stabilité réglementaire.

Au-delà de ce dispositif, Naïma Moutchou évoque la préparation d’une loi d’orientation économique destinée à fixer un cap après 2027. Cette perspective est importante, car les investisseurs comme les entrepreneurs locaux ont besoin de règles lisibles sur plusieurs années. Développer les Outre-mer ne peut pas reposer uniquement sur des sommets ou des annonces ponctuelles. Il faut un cadre durable, associant fiscalité adaptée, soutien à l’investissement, formation, infrastructures, innovation et simplification administrative. C’est à cette condition que la confiance pourra s’installer.

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