Disparition majeure du paysage médical et intellectuel français, la mort d’Aldo Naouri à 88 ans referme un chapitre important de la pédiatrie contemporaine. Médecin, auteur et intervenant médiatique, il a profondément influencé les réflexions sur l’enfance, la parentalité et l’autorité familiale. Ses prises de position, souvent débattues, ont nourri pendant plusieurs décennies les conversations publiques autour du rôle des parents et de la construction de l’enfant. Entre héritage scientifique, engagement personnel et controverses, son parcours témoigne d’une voix singulière, dont l’impact demeure sensible dans les débats éducatifs français. Une disparition qui invite à relire son œuvre avec attention et distance.
Aldo Naouri, figure de la pédiatrie française, est mort à 88 ans à Paris
Le pédiatre français Aldo Naouri, personnalité majeure de la médecine de l’enfant et auteur largement lu par le grand public, est mort le 18 mai 2026 à Paris, dans sa 89e année, selon un avis publié par ses proches. Son décès marque la disparition d’une voix singulière de la pédiatrie française, longtemps associée aux questions de développement de l’enfant, d’éducation familiale et de transmission entre générations.
Né en 1937, Aldo Naouri s’était imposé au fil des décennies comme un médecin au-delà du seul cabinet médical. À travers une vingtaine d’ouvrages, il avait fait entrer les préoccupations des parents dans le débat public, abordant sans détour la place de la mère, le rôle du père, les tensions intrafamiliales ou encore les effets de l’autorité sur l’enfant. Sa pensée, nourrie par la psychanalyse, s’inscrivait dans une époque où pédiatrie, psychologie et discours éducatif dialoguaient étroitement.
Le médecin était aussi le père de trois enfants connus dans le monde culturel : le baryton Laurent Naouri, l’écrivaine Agnès Desarthe et la metteuse en scène d’opéra Elsa Rooke. Ses obsèques doivent se tenir jeudi.
Un pédiatre médiatique qui a marqué les débats sur l’enfance et la parentalité
Habitué des plateaux, des interviews et des prises de parole dans la presse, Aldo Naouri fut l’un des rares pédiatres à occuper durablement l’espace médiatique français. Ses interventions, souvent tranchées, ont contribué à faire de la parentalité un sujet de société, bien avant que l’éducation positive, la charge mentale ou les violences éducatives ordinaires ne deviennent des thèmes récurrents du débat public.
À partir des années 2000, ses positions ont toutefois suscité de vives discussions. Le pédiatre s’était notamment opposé à l’interdiction de la fessée, non parce qu’il défendait ce geste – qu’il disait réprouver comme médecin – mais parce qu’il y voyait une intrusion excessive dans la sphère privée des familles. Cette nuance, régulièrement rappelée par ses soutiens, n’a pas empêché ses critiques de l’accuser de porter une vision conservatrice de l’éducation.
Ses livres sur les relations mère-fille, l’autorité parentale, le rôle du père ou l’inceste ont durablement marqué plusieurs générations de lecteurs. Qu’on l’approuve ou qu’on le conteste, Aldo Naouri aura imposé une parole identifiable : directe, parfois dérangeante, mais centrale dans l’histoire récente des débats français sur l’enfance.


