mercredi 24 juillet 2024
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La révolution nationaliste : la fin des gauches ?

Gilles Richard, un professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Rennes-II, se spécialise dans l’histoire des droites. Formé par René Rémond et Serge Berstein, il a rédigé en 2017 une passionnante « Histoire des droites en France. De 1815 à nos jours » publiée chez Perrin. Il occupe également la présidence de la Société française d’histoire politique.

Dès 1997, lors du congrès du Front national (FN) à Strasbourg, Bruno Mégret, un membre du FN, évoque un nouveau clivage politique entre les « mondialistes » et les « nationalistes ». Ce clivage a été largement repris par Marine Le Pen, qui préfère utiliser l’expression « patriotes ». En 2002, cette division se manifeste clairement lors du second tour de l’élection présidentielle entre Jacques Chirac, un candidat libéral et européiste, et Jean-Marie Le Pen, un candidat nationaliste identitaire. Cette tendance se poursuit en 2017 et en 2022, avec une opposition de plus en plus marquée entre les deux familles de droite.

Cette évolution politique majeure ne s’est pas produite du jour au lendemain. Le tournant majeur a été la victoire de Valéry Giscard d’Estaing à l’élection présidentielle de 1974. C’est à partir de cette période que la famille libérale a commencé à prendre le dessus, alors qu’elle partageait traditionnellement le pouvoir avec d’autres. La montée du libéralisme a affaibli le mouvement ouvrier, symbolisé par les partis de gauche dont le Parti communiste français (PCF) et le Parti socialiste (PS). Ce déclin a ouvert la voie au libéralisme et a affaibli la République sociale, construite progressivement depuis les premières avancées du Front populaire.

Dans ce contexte de montée du libéralisme et de déclin du mouvement ouvrier, le FN, fondé en 1972 par Jean-Marie Le Pen, a pu affirmer son projet nationaliste identitaire. Le parti a su exploiter les sentiments d’une crise d’identité nationale, liée à la perte de puissance économique, au déclin de la France à l’échelle mondiale et à l’intégration européenne. En proposant des solutions nationalistes telles que le renforcement des frontières, la lutte contre l’immigration et la réindustrialisation, le FN a progressivement attiré les classes populaires, traditionnellement électorat des partis de gauche. L’incapacité de la gauche mitterrandienne à proposer une alternative, notamment après le « tournant de la rigueur » de 1983-1984, a renforcé ce phénomène. Le FN a ainsi gagné en popularité lors des élections européennes de 1984, obtenant 10,95 % des voix.

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