Legrand s’apprête à tourner une page importante de son histoire industrielle en France. Avec la fermeture annoncée de quatre implantations et près de 180 emplois menacés, le groupe limougeaud engage une réorganisation stratégique dans un contexte de marché difficile. Entre baisse de la construction, pression concurrentielle et investissements dans la transition énergétique et le numérique, cette décision soulève des enjeux économiques, sociaux et territoriaux majeurs. 01actu.net revient sur les sites concernés, les mesures d’accompagnement prévues, les ambitions industrielles de Legrand et les tensions que ce plan suscite parmi les salariés comme dans les territoires touchés pour les prochaines années cruciales.
Legrand ferme quatre sites en France et prépare des suppressions de postes d’ici à la fin de la décennie
Legrand engage une réorganisation industrielle majeure en France, avec la fermeture progressive de quatre sites et la suppression annoncée de 178 postes d’ici 2028. Le groupe basé à Limoges présente cette décision comme une réponse à la nécessité de réduire ses coûts, de renforcer sa compétitivité et de préserver une production française dans un environnement économique plus contraint.
Le plan concerne des implantations de taille limitée, dont les activités seront transférées vers d’autres usines du groupe dans l’Hexagone. L’objectif affiché est clair : concentrer les moyens industriels sur des sites plus spécialisés, capables de produire à plus grande échelle et d’intégrer plus rapidement les technologies liées à la transition énergétique et à la transition numérique.
Cette annonce intervient dans un contexte délicat pour le secteur du matériel électrique, fortement exposé au ralentissement de la construction. Pour Legrand, il s’agit de rationaliser son maillage industriel sans abandonner la France, qui reste une base stratégique pour ses investissements, sa recherche et ses capacités de production.
Les implantations françaises appelées à fermer dans la réorganisation de Legrand
Les quatre sites concernés par les fermetures sont situés à Pont-en-Royans, en Isère, Lagord, en Charente-Maritime, Confolens, en Charente, et Châlus, en Haute-Vienne. Leur arrêt sera progressif, jusqu’à la fin 2028, afin de permettre le transfert des activités vers d’autres implantations du groupe.
Le site de Pont-en-Royans doit être regroupé avec celui de Saint-Marcellin, situé à proximité. Les autres activités seront redéployées notamment vers Magré et Sitel, en Haute-Vienne, ainsi que vers Sillé-le-Guillaume, dans la Sarthe. Cette logique de regroupement vise à transformer plusieurs petites unités en centres industriels davantage spécialisés.
À l’issue de cette réorganisation, Legrand prévoit de passer de 20 sites industriels en France à 14 sites fin 2028. Le groupe insiste sur le fait que cette réduction du nombre d’implantations ne traduit pas un retrait du territoire français, mais une volonté de bâtir des pôles plus robustes, mieux équipés et plus compétitifs face aux mutations du marché.
Reclassements, départs volontaires et inquiétudes sociales au cœur du plan Legrand
Le volet social constitue l’un des points les plus sensibles du projet. Legrand prévoit 178 suppressions de postes, mais affirme vouloir privilégier les solutions de reclassement interne, les mobilités accompagnées et les départs volontaires à la retraite. Une procédure d’information-consultation des représentants du personnel doit encadrer cette réorganisation.
Le plan s’inscrit dans le cadre juridique d’un plan de sauvegarde de l’emploi pour trois des quatre sites concernés. En théorie, des licenciements pourraient intervenir si certains salariés refusaient les propositions de reclassement. La direction assure toutefois que des solutions seront proposées à tous ceux qui souhaiteront rester dans le groupe.
Sur le terrain, l’inquiétude demeure forte. Les fermetures de sites industriels touchent souvent bien au-delà des salariés directement concernés : sous-traitants, bassins d’emploi locaux, familles et collectivités sont également exposés. Le calendrier étalé jusqu’en 2028 doit permettre d’amortir le choc, mais il ne dissipe pas les interrogations sur l’avenir industriel de certaines zones déjà fragilisées.
Legrand investit massivement pour miser sur la transition énergétique et numérique
Parallèlement aux fermetures, Legrand annonce plus de 80 millions d’euros d’investissements en France. Une enveloppe d’environ 20 millions d’euros doit accompagner l’accueil des activités transférées vers les sites maintenus, tandis que 60 millions seront orientés vers les marchés à plus forte croissance, notamment la transition énergétique, le numérique et les infrastructures connectées.
Cette stratégie reflète l’évolution du métier de Legrand. Le fabricant de matériel électrique ne se limite plus aux équipements traditionnels du bâtiment : il se positionne aussi sur les solutions intelligentes, les centres de données, la gestion de l’énergie, les objets connectés et les installations à haute efficacité énergétique.
La France conserve une place importante dans cette trajectoire. Elle représente environ 30 % des fonctions de recherche et développement du groupe et une part significative de ses investissements industriels. En concentrant ses moyens sur des sites plus spécialisés, Legrand veut accélérer l’innovation, améliorer ses délais de production et renforcer son ancrage dans les technologies qui portent la croissance future.
Crise du bâtiment et concurrence internationale fragilisent le modèle industriel de Legrand
La réorganisation de Legrand s’explique d’abord par un environnement de marché moins favorable. Le secteur du bâtiment, débouché historique du groupe, reste marqué par une activité inférieure aux niveaux d’avant-Covid. Les mises en chantier ralentissent, les projets immobiliers se reportent et les investissements dans la construction neuve demeurent sous pression.
Cette contraction pèse directement sur la demande en équipements électriques, qu’il s’agisse d’appareillage, de tableaux, de solutions de câblage ou de systèmes de gestion de l’énergie. Dans le même temps, la concurrence internationale s’intensifie. Des fabricants issus de pays à bas coûts, notamment en Asie, exercent une pression accrue sur les prix et les marges.
Pour Legrand, maintenir de nombreux petits sites industriels devient plus difficile dans un marché volatil. La concentration des activités doit permettre de réduire les coûts fixes, de mutualiser les compétences et de mieux absorber les cycles économiques. Mais cette adaptation souligne aussi la fragilité d’un modèle industriel français confronté à la fois à la baisse de la demande, à la concurrence mondiale et aux exigences d’investissement technologique.
Des résultats solides mais une stratégie sous tension pour la croissance future de Legrand
Malgré ce plan de réorganisation, Legrand affiche des résultats financiers solides. Le groupe a réalisé un bénéfice net de 1,2 milliard d’euros et un chiffre d’affaires de 9,5 milliards d’euros, selon les données communiquées. Il vise également une croissance de son activité comprise entre 10 % et 15 % pour 2026.
Cette performance donne au groupe les moyens d’investir, mais elle alimente aussi le débat social autour des suppressions de postes. D’un côté, Legrand défend une stratégie d’anticipation destinée à préserver sa compétitivité à long terme. De l’autre, les salariés et les territoires concernés peuvent difficilement ignorer le contraste entre bénéfices élevés et fermetures d’usines.
La croissance future dépendra donc d’un équilibre délicat : continuer à produire en France, accélérer sur les marchés porteurs comme les data centers et l’efficacité énergétique, tout en maintenant la cohésion sociale. Pour Legrand, la décennie qui s’ouvre sera moins une simple phase d’expansion qu’un test de transformation industrielle.


