Fibre Excellence : l’offre Pigasse rejetée, quel avenir ?

Le rejet de l’offre de reprise de Matthieu Pigasse marque un tournant critique pour Fibre Excellence, acteur clé de la pâte à papier en France. En écartant une proposition conditionnée à des garanties publiques, le tribunal de commerce de Toulouse place l’industriel face à une urgence sociale, économique et stratégique. Entre menace de liquidation judiciaire, incertitudes sur les sites de Saint-Gaudens et Tarascon, et enjeux de souveraineté industrielle, ce dossier révèle les fragilités profondes d’une filière essentielle confrontée aux coûts de l’énergie, aux tensions d’approvisionnement et aux contraintes carbone dans un contexte concurrentiel durablement dégradé pour l’ensemble du secteur national français.

Fibre Excellence au bord de la liquidation après le rejet de l’offre Pigasse

Le sort de Fibre Excellence, premier producteur français de pâte à papier, s’est brutalement assombri après le rejet de l’offre de reprise portée par le financier Matthieu Pigasse. Le tribunal de commerce de Toulouse a estimé que la proposition était irrecevable, les conditions suspensives n’ayant pas été levées. Cette décision rapproche l’entreprise d’une liquidation judiciaire, alors qu’elle exploite deux sites stratégiques pour la filière papier française, à Saint-Gaudens et à Tarascon.

L’offre Pigasse prévoyait pourtant le maintien des 670 salariés du groupe, un élément central dans un dossier socialement explosif. Mais elle reposait sur des engagements publics jugés indispensables par le repreneur potentiel, notamment sur le coût de l’électricité, l’approvisionnement en bois et les quotas carbone. Faute d’accord avec l’État, le projet n’a pas franchi l’étape judiciaire.

Placée en redressement judiciaire fin avril, l’entreprise paie une crise industrielle profonde. Son actionnaire indonésien, après avoir investi près de 300 millions d’euros, a renoncé à remettre au pot, invoquant une rentabilité insuffisante. Désormais, la procédure judiciaire entre dans une phase décisive.

Saint-Gaudens arrache un sursis avec une piste de reprise industrielle

Le site de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, échappe pour l’instant au couperet immédiat grâce à une nouvelle piste de reprise industrielle. Un chef d’entreprise, dont l’identité n’a pas été rendue publique, a déposé une lettre d’intention ciblant exclusivement cette usine de Fibre Excellence. Cette démarche ouvre la voie à un possible sursis jusqu’à la fin du mois d’août, sous réserve du dépôt rapide d’une garantie financière.

Selon les éléments évoqués à l’issue de l’audience, l’industriel doit apporter une caution de deux millions d’euros afin de gagner du temps et de construire une offre ferme. Pour les salariés, cette perspective représente une respiration, mais certainement pas une garantie. Les représentants du personnel restent prudents, conscients qu’une lettre d’intention ne constitue pas encore un projet de reprise finalisé.

Dans un bassin d’emploi déjà fragile, l’enjeu dépasse largement le périmètre de l’usine. Saint-Gaudens concentre une partie du savoir-faire français dans la production de pâte à papier. Sa survie dépend désormais de la solidité du repreneur potentiel, de sa capacité financière et de la décision finale du tribunal.

Tarascon face à la liquidation partielle et à la menace sur 270 emplois

À Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, l’horizon apparaît nettement plus sombre. La procureure a requis une liquidation partielle visant ce site de Fibre Excellence, qui emploie environ 270 salariés. Contrairement à Saint-Gaudens, l’usine provençale n’est pas incluse dans la lettre d’intention du repreneur industriel, ce qui la place en première ligne dans la procédure judiciaire.

Cette menace de fermeture brutale suscite une forte inquiétude sociale. Pour les salariés, la liquidation signifierait non seulement la perte d’emplois directs, mais aussi un choc pour tout un tissu économique local composé de sous-traitants, transporteurs, fournisseurs de bois et prestataires industriels. Dans une industrie lourde, chaque poste supprimé entraîne souvent des répercussions bien au-delà des murs de l’usine.

Les organisations syndicales dénoncent une situation d’urgence et poursuivent leur mobilisation. L’occupation du site traduit la volonté des salariés de peser sur les dernières décisions, alors que les marges de manœuvre se réduisent. Tarascon devient ainsi le symbole le plus immédiat du risque de démantèlement de Fibre Excellence.

Électricité, bois et carbone, les obstacles qui ont fait échouer l’offre Pigasse

L’échec de l’offre de Matthieu Pigasse tient principalement à trois verrous économiques : le coût de l’électricité, l’accès au bois issu notamment de l’ONF et le poids des quotas carbone. Ces paramètres sont décisifs dans une activité aussi énergivore que la production de pâte à papier. Sans allègement ou garanties publiques sur ces postes, le repreneur estimait ne pas pouvoir sécuriser un modèle industriel viable.

La facture énergétique constitue un handicap majeur pour Fibre Excellence, confrontée à une concurrence internationale parfois moins exposée aux mêmes contraintes. Le bois, matière première essentielle, pose également la question de la disponibilité, des prix et de la continuité d’approvisionnement. Quant aux quotas carbone, ils pèsent sur les coûts de production dans un secteur soumis à des exigences environnementales croissantes.

Le gouvernement n’a pas accordé les efforts demandés, ce qui a rendu l’offre juridiquement et économiquement fragile. Le tribunal n’a donc pas examiné un projet pleinement sécurisé, mais une proposition conditionnée à des décisions extérieures. Dans ce dossier, la compétitivité industrielle s’est heurtée aux limites budgétaires, réglementaires et politiques.

Une crise qui menace la souveraineté française de la pâte à papier

La crise de Fibre Excellence dépasse largement le cadre d’un redressement judiciaire classique. L’entreprise possède les deux dernières grandes usines françaises de pâte à papier, un maillon essentiel pour l’industrie du papier, de l’emballage et de certaines productions graphiques. Sa disparition fragiliserait directement la souveraineté industrielle française dans une filière déjà dépendante d’approvisionnements internationaux.

La pâte à papier est une matière stratégique. Elle entre dans la fabrication de nombreux produits du quotidien, depuis les papiers d’hygiène jusqu’aux emballages, en passant par certains supports destinés à l’édition ou à l’industrie. Perdre des capacités nationales reviendrait à accroître la dépendance aux importations, dans un contexte mondial marqué par la volatilité des prix, les tensions logistiques et les enjeux environnementaux.

Cette situation interroge aussi la politique industrielle française. Peut-on laisser disparaître un outil de production unique au nom de la seule rentabilité immédiate ? La question est désormais posée au tribunal, aux pouvoirs publics et aux acteurs de la filière forêt-bois. Fibre Excellence devient un test grandeur nature pour la défense des industries essentielles.

Salariés mobilisés et tribunal en arbitre, les scénarios qui restent ouverts

Les salariés de Fibre Excellence restent mobilisés alors que le tribunal de commerce de Toulouse conserve un rôle central dans les prochains arbitrages. À Saint-Gaudens comme à Tarascon, des occupations de sites ont été engagées pour alerter sur le risque de liquidation et maintenir la pression. Cette mobilisation traduit une inquiétude profonde, mais aussi la volonté de préserver un outil industriel jugé vital pour les territoires concernés.

Plusieurs scénarios demeurent ouverts. Le premier repose sur la confirmation d’un repreneur industriel pour Saint-Gaudens, à condition que la garantie annoncée soit effectivement déposée et qu’une offre solide soit construite avant la fin du délai accordé. Le deuxième scénario, plus brutal, conduirait à une liquidation partielle ou totale si les engagements attendus ne se concrétisent pas.

Le tribunal devra trancher entre impératifs économiques, protection de l’emploi et crédibilité des projets de reprise. Les syndicats, de leur côté, entendent rappeler que derrière les procédures se trouvent 670 salariés, des familles et des territoires. Dans les prochains jours, chaque décision pèsera lourd sur l’avenir de la filière papier française.

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