En Seine-Maritime, l’annonce de la fermeture prochaine de quatre officines exploitées par le groupe mutualiste Vyv³ Normandie ravive les inquiétudes autour de l’accès aux soins et de l’avenir de la pharmacie de proximité. À Rouen comme près de Dieppe, salariés, syndicats et habitants redoutent des conséquences durables, tant sur l’emploi que sur le suivi quotidien des patients. Derrière ce projet présenté comme économique, se dessinent des enjeux sociaux, territoriaux et sanitaires majeurs. Alors que vingt-six salariés sont concernés, la mobilisation s’organise pour obtenir des garanties et questionner la stratégie du groupe dans un secteur déjà fragilisé localement et nationalement aujourd’hui.
Quatre pharmacies menacées de fermeture en Seine Maritime
Quatre officines exploitées par le groupe mutualiste Vyv³ Normandie pourraient fermer leurs portes d’ici la fin de l’année en Seine-Maritime, principalement dans l’agglomération de Rouen et à proximité de Dieppe. L’information, révélée localement, suscite une vive inquiétude dans un département où l’accès aux professionnels de santé reste déjà inégal selon les territoires.
Ces fermetures de pharmacies en Seine-Maritime ne concernent pas seulement des commerces de proximité. Une officine joue souvent un rôle de premier recours : conseils médicaux, délivrance de traitements, accompagnement des patients chroniques, orientation vers un médecin ou un service d’urgence. Dans certains quartiers ou communes périurbaines, sa disparition peut rallonger les déplacements, notamment pour les personnes âgées, les familles sans véhicule ou les patients sous traitement régulier.
Le choix de Vyv³ Normandie intervient dans un contexte national tendu pour les pharmacies, confrontées à la hausse des charges, aux difficultés de recrutement et à l’évolution du modèle économique de la distribution de médicaments. Mais, localement, la décision passe mal. Les salariés comme les représentants syndicaux dénoncent une mesure brutale, dont les conséquences sociales et sanitaires pourraient dépasser le seul cadre de l’entreprise.
Vingt six salariés face à un avenir incertain
Vingt-six salariés sont directement concernés par le projet de fermeture, selon les éléments communiqués par les représentants du personnel. Parmi eux figurent 24 femmes et 2 hommes, dont plusieurs employés disposant d’une forte ancienneté. Beaucoup ont plus de 40 ou 50 ans, un âge où la reconversion professionnelle peut devenir plus complexe, surtout dans un secteur exigeant des compétences spécifiques et une bonne connaissance du terrain.
Pour ces préparateurs, pharmaciens adjoints, employés administratifs ou personnels d’accueil, l’annonce a eu l’effet d’un choc. Derrière le terme technique de plan de sauvegarde de l’emploi, ce sont des parcours de vie qui basculent : inquiétude sur le reclassement, peur d’une mobilité géographique imposée, incertitude sur les conditions de départ et sur la capacité à retrouver un poste équivalent dans la région.
La situation est d’autant plus sensible que les salariés des pharmacies concernées ont souvent construit une relation de confiance avec les patients. Leur savoir-faire ne se limite pas à la délivrance d’ordonnances. Ils connaissent les habitudes des habitants, les fragilités de certains usagers et les besoins récurrents du territoire. La fermeture annoncée interroge donc autant l’emploi que la continuité du service rendu à la population.
À Rouen la mobilisation syndicale s’organise contre Vyv³ Normandie
À Rouen, la contestation prend une tournure collective. Plusieurs organisations syndicales appellent les salariés à se rassembler devant le siège de Vyv³ Normandie, afin de dénoncer les fermetures envisagées et de demander des garanties concrètes pour les personnels concernés. Cette mobilisation vise à mettre la direction face à ses responsabilités, dans un dossier devenu hautement symbolique pour le secteur mutualiste régional.
La mobilisation syndicale à Rouen s’appuie notamment sur les témoignages des salariés, qui disent avoir appris la nouvelle avec stupeur après des années d’engagement dans les officines. Les représentants du personnel veulent obtenir davantage de transparence sur les critères ayant conduit au choix des pharmacies menacées, mais aussi sur les alternatives qui auraient pu être étudiées avant d’en arriver à une fermeture.
La CGT, présente dans les discussions via le Comité social et économique, entend peser dans les négociations. Les syndicats réclament des mesures d’accompagnement à la hauteur des conséquences sociales : reclassements réalistes, formations, maintien du salaire pendant les transitions et prise en compte de l’ancienneté. À travers cette action, ils cherchent également à alerter les élus locaux et les habitants sur un enjeu qui dépasse le périmètre interne de l’entreprise.
Des raisons économiques contestées par les représentants du personnel
La direction aurait avancé des raisons économiques pour justifier la fermeture des pharmacies concernées. Mais cet argument est vivement contesté par les représentants du personnel, qui estiment que la situation actuelle résulte aussi d’un manque d’investissements prolongé. Selon eux, les officines auraient été maintenues avec des outils vieillissants, des organisations peu modernisées et une stratégie commerciale insuffisamment adaptée aux besoins des patients.
Cette critique est au cœur du désaccord. Pour les syndicats, on ne peut pas invoquer uniquement les pertes ou la baisse d’activité si les moyens nécessaires au développement n’ont pas été engagés. Modernisation des locaux, amélioration des systèmes informatiques, renforcement des équipes, nouvelles missions pharmaceutiques, visibilité auprès des habitants : autant de leviers qui auraient pu, selon eux, être actionnés avant de décider une fermeture.
Les représentants du personnel accusent ainsi le groupe d’avoir laissé les pharmacies s’affaiblir progressivement. L’expression revient dans les échanges : les officines auraient été « laissées mourir ». Une formule dure, mais révélatrice du climat social. Elle souligne le sentiment d’abandon ressenti par des salariés qui considèrent avoir tenu leur poste malgré des conditions dégradées, jusqu’à voir leur emploi menacé au nom d’une rentabilité jugée tardivement problématique.
À Rouen et près de Dieppe l’accès aux soins pourrait être fragilisé
La fermeture de pharmacies à Rouen et près de Dieppe pourrait fragiliser l’accès aux soins dans plusieurs secteurs de Seine-Maritime. Même lorsqu’une autre officine existe à quelques kilomètres, la distance supplémentaire peut devenir un obstacle réel pour une partie de la population. Les patients âgés, les personnes isolées, les habitants sans moyen de transport et les malades chroniques sont les premiers exposés.
Une pharmacie de proximité assure une présence sanitaire quotidienne. Elle permet d’obtenir un conseil rapide, de renouveler certains traitements, de bénéficier d’une vaccination, d’un dépistage ou d’un accompagnement dans la bonne prise des médicaments. Dans les zones où les cabinets médicaux sont déjà saturés, l’officine joue un rôle d’amortisseur. Sa disparition peut reporter la pression sur d’autres pharmacies, déjà très sollicitées.
La question est également territoriale. L’agglomération rouennaise combine des quartiers denses, des communes périphériques et des publics aux besoins très différents. Près de Dieppe, les enjeux de mobilité peuvent être encore plus marqués. Les fermetures annoncées risquent donc d’accentuer les disparités locales. Pour les syndicats, comme pour certains habitants, le sujet ne peut pas être traité uniquement sous l’angle comptable : il touche à la continuité du service de santé.
Un calendrier social sous tension jusqu’à la fin 2026
Le calendrier social s’annonce tendu autour du projet de fermeture des pharmacies de Vyv³ Normandie. Les officines concernées devraient cesser leur activité d’ici la fin de l’année, tandis que les discussions liées au plan de sauvegarde de l’emploi pourraient produire des effets bien au-delà de cette échéance. Les salariés, eux, attendent des réponses rapides sur leur avenir professionnel.
Les prochaines semaines seront déterminantes. Les représentants du personnel doivent examiner les documents économiques transmis par la direction, contester si nécessaire les justifications avancées et négocier les mesures d’accompagnement. Dans ce type de procédure, chaque étape compte : information-consultation du CSE, propositions de reclassement, conditions de départ, formations, aides à la mobilité et suivi individuel des salariés concernés.
La tension pourrait se prolonger jusqu’à la fin 2026 si des reclassements, contentieux ou dispositifs d’accompagnement s’inscrivent dans la durée. Les syndicats entendent maintenir la pression pour éviter que le dossier ne se referme une fois les rideaux baissés. Pour les 26 salariés concernés, l’enjeu est clair : obtenir autre chose qu’une fermeture sèche. Pour les habitants, il s’agit de savoir si la disparition de ces officines restera un cas isolé ou le signe d’un recul plus large de la pharmacie de proximité en Seine-Maritime.


