Après plusieurs mois d’accalmie relative, les derniers chiffres publiés par France Travail ravivent les inquiétudes autour du marché de l’emploi. La progression des demandeurs inscrits en catégorie A, combinée aux effets des nouvelles règles administratives, impose une lecture attentive des données. Entre hausse brute, corrections statistiques et fragilités persistantes chez les jeunes, ce bilan du deuxième trimestre 2026 révèle une situation contrastée. Pour les pouvoirs publics comme pour les entreprises, l’enjeu consiste désormais à distinguer les tendances économiques réelles des évolutions liées au périmètre d’inscription, afin d’évaluer précisément l’état du chômage en France et ses impacts sociaux durables majeurs aujourd’hui.
Le chômage repart à la hausse en France avec 3,323 millions d’inscrits sans activité
Le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité repart à la hausse en France au deuxième trimestre 2026. Selon les données communiquées par le ministère du Travail et France Travail, la catégorie A compte désormais 3,323 millions de personnes inscrites, soit une progression de 0,8 % sur trois mois. Cette évolution intervient après un recul de 1,2 % observé au trimestre précédent, ce qui marque un retournement notable dans la dynamique récente du marché du travail.
La catégorie A regroupe les personnes inscrites à France Travail qui n’ont exercé aucune activité au cours du mois. Elle constitue donc l’un des indicateurs les plus suivis pour mesurer la tension réelle sur l’emploi. La hausse enregistrée au printemps 2026 suggère un essoufflement de la capacité du marché à absorber les demandeurs d’emploi, dans un contexte économique encore incertain.
Ce chiffre brut doit toutefois être interprété avec prudence. Les évolutions administratives récentes modifient en partie le périmètre des inscrits, rendant les comparaisons plus délicates qu’auparavant.
Une hausse apparente freinée par les corrections statistiques de France Travail
La progression du chômage en catégorie A apparaît moins nette lorsque les chiffres sont corrigés des effets administratifs introduits depuis 2025. Hors inscription automatique des allocataires du RSA et hors impact lié à la non-radiation de certains demandeurs d’emploi sanctionnés depuis juin 2025, le nombre d’inscrits sans activité aurait en réalité diminué de 0,2 % au deuxième trimestre 2026.
Cette correction statistique change sensiblement la lecture de la situation. En données brutes, le chômage augmente ; à périmètre comparable, il recule légèrement. France Travail cherche ainsi à distinguer l’évolution économique du marché de l’emploi des effets mécaniques provoqués par les nouvelles règles d’inscription et de suivi des publics.
Au premier trimestre, cette même méthode de correction faisait apparaître une baisse plus marquée, de 2,4 %. Le ralentissement observé au deuxième trimestre signale donc que la tendance demeure fragile. Même corrigées, les données ne traduisent pas une amélioration franche, mais plutôt une stabilisation progressive après plusieurs ajustements administratifs majeurs.
Près de 5,8 millions de personnes touchées par le chômage ou l’activité réduite
En intégrant les catégories B et C, le nombre de personnes inscrites à France Travail atteint 5,801 millions au deuxième trimestre 2026. Ces catégories incluent les demandeurs d’emploi ayant exercé une activité réduite, courte ou longue, mais qui restent à la recherche d’un emploi plus stable ou d’un volume horaire plus important.
Sur ce périmètre élargi, la hausse atteint 1,3 % sur trois mois. Ce chiffre donne une vision plus complète du marché du travail, car il ne se limite pas aux personnes totalement privées d’activité. Il met aussi en lumière une réalité souvent moins visible : celle des travailleurs précaires, des contrats courts et des emplois insuffisants pour garantir une véritable sécurité professionnelle.
Là encore, les corrections de périmètre atténuent l’ampleur de la hausse. En excluant les nouveaux publics intégrés automatiquement depuis janvier 2025 ainsi que les demandeurs sanctionnés mais non radiés, la progression est ramenée à 0,4 %. Le signal reste néanmoins préoccupant : l’emploi partiel subi continue de peser lourdement dans les statistiques françaises.
Les jeunes plus durement frappés par la progression du chômage sur un an
La hausse du chômage touche particulièrement les jeunes demandeurs d’emploi. Sur un an, les inscriptions en catégorie A progressent de 5,9 % pour cette population, contre 3,1 % pour l’ensemble des demandeurs sans activité. L’écart est encore plus marqué si l’on observe les catégories A, B et C réunies, où la hausse atteint 6,3 % chez les jeunes.
Cette progression traduit une insertion professionnelle plus difficile pour les moins de 25 ans, souvent davantage exposés aux contrats courts, aux missions d’intérim et aux périodes de transition entre formation et emploi. Lorsque l’activité économique ralentit, ces profils sont fréquemment les premiers touchés, car ils disposent de moins d’ancienneté, de réseaux professionnels plus limités et d’une expérience encore en construction.
Le phénomène mérite une attention particulière, car une entrée heurtée sur le marché du travail peut avoir des effets durables. Retards d’accès à l’emploi stable, revenus discontinus et découragement peuvent fragiliser toute une génération de nouveaux actifs.
RSA, catégorie G et parcours social bouleversent la lecture des inscriptions
Les nouvelles règles d’inscription modifient profondément l’analyse des chiffres de France Travail. Depuis l’intégration automatique de certains allocataires du RSA, les statistiques ne reflètent plus uniquement les mouvements classiques du chômage, mais aussi l’élargissement administratif du public suivi. Cette évolution rend indispensable une lecture à périmètre constant.
Un autre indicateur attire l’attention : la catégorie G, qui regroupe les nouveaux inscrits encore en attente de leur entretien d’orientation. Leur nombre recule au deuxième trimestre 2026 pour atteindre 447 700 personnes. Cette baisse peut indiquer une amélioration du traitement des dossiers ou un rythme d’entrée moins soutenu dans cette catégorie transitoire.
À l’inverse, le nombre de personnes orientées vers un parcours social progresse et atteint 540 600. Ce mouvement montre que de nombreux inscrits cumulent des difficultés dépassant la seule recherche d’emploi : problèmes de logement, de santé, de mobilité ou d’accompagnement social. Le chômage devient alors un indicateur économique, mais aussi un révélateur des fragilités sociales.
Ce qu’il faut retenir des chiffres du chômage au deuxième trimestre 2026
Le principal enseignement du deuxième trimestre 2026 est double : le chômage augmente en données brutes, mais la tendance est moins défavorable une fois neutralisés les effets administratifs. La catégorie A atteint 3,323 millions d’inscrits, en hausse de 0,8 %, tandis que les catégories A, B et C totalisent 5,801 millions de personnes, soit une progression de 1,3 %.
Les corrections apportées par France Travail montrent cependant une réalité plus nuancée. À périmètre comparable, la catégorie A recule légèrement de 0,2 %, et l’ensemble A, B, C n’augmente que de 0,4 %. Cette différence souligne l’importance de distinguer les évolutions économiques réelles des changements liés aux modalités d’inscription.
Trois signaux restent à surveiller : la hausse annuelle du chômage, particulièrement forte chez les jeunes ; la place croissante des personnes en activité réduite ; et l’augmentation des orientations vers un parcours social. Ces éléments confirment que le marché du travail français demeure sous tension, malgré des statistiques parfois difficiles à interpréter.

