Marseille envahie par une algue puante : quel danger ?

À Marseille, une odeur tenace remonte des calanques et intrigue autant qu’elle inquiète. Derrière ces amas brunâtres échoués sur les rochers se cache Rugulopteryx okamurae, une algue invasive venue du Pacifique, capable de transformer un paysage familier en casse-tête écologique. Signalée depuis quelques années seulement, elle prospère dans les eaux méditerranéennes, s’accumule à Callelongue ou Marseilleveyre, gêne les riverains, embarrasse les pêcheurs et interroge les scientifiques. Faut-il la ramasser, la surveiller, s’en protéger ? Entre nuisance olfactive, biodiversité fragilisée et risques sanitaires limités mais surveillés, le phénomène impose désormais une réponse publique fine et durable sur tout le littoral marseillais concerné.

Rugulopteryx okamurae envahit les calanques de Marseille et inquiète le littoral

La présence massive de Rugulopteryx okamurae dans les calanques de Marseille suscite une inquiétude croissante chez les riverains, les usagers de la mer et les scientifiques. Cette algue brune invasive, observée pour la première fois dans le secteur marseillais en 2021, s’accumule désormais en quantités visibles dans des sites emblématiques comme Marseilleveyre, Callelongue ou encore les abords de l’île Maïre.

Le phénomène frappe d’abord par son impact paysager. Dans ces criques réputées pour leurs eaux claires et leurs roches calcaires, des amas brunâtres s’échouent sur les plages, s’accrochent aux rochers et flottent parfois en surface. Pour les habitants des cabanons comme pour les promeneurs, la gêne est immédiate : l’image de carte postale se brouille, surtout lorsque l’algue reste piégée plusieurs jours dans les anses peu exposées.

Mais l’enjeu dépasse la simple nuisance visuelle. La progression de cette espèce venue du Pacifique interroge la capacité du littoral méditerranéen à résister aux espèces exotiques, dans un contexte de réchauffement des eaux, d’échanges maritimes intenses et de fragilisation des écosystèmes côtiers.

Algues brunes et odeurs nauséabondes à Marseille quels risques pour la santé

À Marseille, les fortes accumulations d’algues brunes peuvent provoquer des odeurs très désagréables, mais les mesures disponibles n’indiquent pas, à ce stade, de danger sanitaire généralisé pour la population. Le principal sujet de préoccupation concerne la décomposition des algues échouées, susceptible de produire de l’hydrogène sulfuré, ou H2S, un gaz reconnaissable à son odeur d’œuf pourri.

Lorsque les dépôts sont faibles, les algues sèchent rapidement et passent presque inaperçues. En revanche, lorsqu’elles s’entassent dans une crique fermée, humide et peu ventilée, elles peuvent fermenter. C’est dans ces conditions que les nuisances olfactives deviennent les plus marquées, notamment pour les riverains de Callelongue ou de Marseilleveyre, exposés à des odeurs persistantes selon le vent et la température.

Des contrôles de qualité de l’air ont déjà été réalisés localement, notamment avec des capteurs installés après les signalements d’habitants. Les résultats communiqués n’ont pas montré de dépassement des seuils d’alerte. La prudence reste toutefois recommandée : éviter de manipuler de gros amas en décomposition, ne pas laisser les enfants jouer dedans et signaler toute situation inhabituelle aux autorités locales.

Du Japon à la Méditerranée le parcours d’une algue invasive

Rugulopteryx okamurae est originaire du nord-ouest de l’océan Pacifique, notamment des eaux tempérées proches du Japon, avant d’apparaître dans plusieurs zones méditerranéennes. Son arrivée en France serait liée aux échanges aquacoles, en particulier à l’introduction d’huîtres japonaises dans l’étang de Thau, en Occitanie, où des fragments d’algues auraient pu voyager accrochés aux coquillages.

Une fois introduite, cette espèce a trouvé des conditions favorables à son installation. Le golfe du Lion et une partie du littoral provençal présentent des températures, une luminosité et des habitats rocheux compatibles avec son développement. Cette proximité climatique explique en partie sa capacité à s’adapter rapidement aux côtes méditerranéennes françaises.

Son expansion ne se limite plus à un point isolé. L’algue est aujourd’hui signalée de Marseille à Toulon, mais aussi dans l’étang de Thau, à Agde et sur des secteurs rocheux d’Occitanie. Son mode de dispersion facilite cette progression : des fragments se détachent, dérivent au gré des courants, puis colonisent de nouveaux supports. Cette propagation par morceaux rend la lutte particulièrement complexe, car une simple portion viable peut contribuer à former un nouveau peuplement.

Pourquoi les algues brunes s’accumulent dans les calanques marseillaises

Si les algues brunes à Marseille s’accumulent autant dans certaines calanques, c’est d’abord parce que la géographie du littoral favorise leur piégeage. Les criques étroites, les anses encaissées et les plages difficiles d’accès retiennent les fragments poussés par la houle, surtout lorsque les vents orientent les masses flottantes vers la côte.

Le cycle biologique de Rugulopteryx okamurae accentue ce phénomène. Son développement est particulièrement actif entre la fin de l’hiver et le printemps, avant les périodes les plus chaudes. À cette saison, l’algue colonise les roches sous-marines et peut former des tapis denses. Sous l’effet de la houle, des morceaux se cassent, restent en suspension, puis s’échouent dans les zones abritées.

Dans des sites comme Marseilleveyre ou Callelongue, le problème est aggravé par l’accès difficile. Les opérations de ramassage y sont plus compliquées que sur une plage urbaine facilement accessible aux engins. De plus, la mer ne repart pas toujours avec les dépôts. Certaines années, les algues sont reprises naturellement par les vagues ; d’autres fois, elles restent, s’entassent, se tassent et dégagent progressivement une odeur forte en séchant ou en fermentant.

Biodiversité pêche et oursins sous la pression de Rugulopteryx okamurae

L’impact le plus préoccupant de Rugulopteryx okamurae concerne les écosystèmes marins locaux. En recouvrant les roches, cette algue invasive modifie les habitats disponibles et peut réduire la place occupée par les algues autochtones, essentielles à l’équilibre de la biodiversité méditerranéenne. Là où elle s’installe densément, elle change la structure du paysage sous-marin.

Les oursins figurent parmi les espèces surveillées avec attention. Herbivores, ils broutent naturellement certaines algues locales, mais semblent peu attirés par Rugulopteryx okamurae. Si leurs ressources alimentaires habituelles diminuent, leur comportement et leur répartition peuvent être affectés. Or les oursins jouent un rôle important dans l’équilibre des fonds rocheux, en participant au contrôle de la couverture végétale.

Les pêcheurs professionnels sont également concernés. Les amas d’algues peuvent gêner les filets, alourdir le matériel, compliquer les sorties et réduire l’efficacité de certaines pratiques artisanales. À long terme, toute modification de l’habitat marin peut aussi influencer la présence de poissons, de crustacés ou d’invertébrés. Le risque n’est donc pas seulement écologique : il touche aussi des activités économiques locales déjà fragilisées par la hausse des coûts et la pression sur les ressources.

Surveiller ramasser ou laisser sécher les bons réflexes face aux algues invasives

Face aux dépôts d’algues invasives, la meilleure réponse n’est pas toujours le ramassage systématique. Les spécialistes appellent à une gestion mesurée, car retirer les algues d’une plage peut aussi emporter du sable, perturber de petits organismes vivants et fragiliser un milieu déjà sensible. Dans certaines situations, laisser sécher naturellement les dépôts reste l’option la moins dommageable.

La surveillance demeure cependant indispensable. Les communes, les gestionnaires d’espaces naturels et les organismes de qualité de l’air peuvent suivre l’évolution des accumulations, mesurer d’éventuelles émissions de gaz et identifier les secteurs où une intervention devient nécessaire. À Marseille, un suivi régulier permet déjà d’évaluer la situation dans les zones les plus exposées, notamment autour de Callelongue et de Marseilleveyre.

Pour les habitants et les promeneurs, quelques réflexes simples sont recommandés : éviter de marcher dans les amas épais en décomposition, ne pas les manipuler sans protection, tenir les enfants et les animaux à distance lorsque l’odeur est forte, et signaler les dépôts inhabituels aux services compétents. L’objectif est d’agir au bon moment, sans aggraver l’érosion ni déstabiliser davantage les écosystèmes littoraux.

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