Alors que la fin de l’ISS se profile, Vast s’impose comme un acteur à suivre dans la course aux stations spatiales commerciales. L’entreprise américaine, désormais implantée à Paris, veut attirer la France au cœur de l’orbite basse privée en associant Thomas Pesquet et Arnaud Prost à ses futures missions. Entre ambitions industrielles, financement massif et promesse d’un après-ISS plus ouvert, son projet interroge autant qu’il fascine. Qui est vraiment Vast, que prépare sa station Haven One, et pourquoi Paris devient-il stratégique pour cette nouvelle étape des vols habités français ? Décryptage d’un dossier clé pour comprendre l’économie spatiale émergente aujourd’hui mondiale.
Vast fait de Paris son tremplin européen vers les missions spatiales françaises
La société spatiale américaine Vast a choisi Paris pour installer son siège européen, un signal fort adressé à l’écosystème français de l’aérospatial. Annoncée dans le cadre du sommet Choose France, cette implantation place la capitale au cœur de la stratégie européenne de l’entreprise, au moment où le marché de l’orbite basse entre dans une phase de recomposition accélérée.
L’enjeu dépasse la simple ouverture de bureaux. Vast entend s’appuyer sur la France pour développer des coopérations institutionnelles, industrielles et scientifiques autour des vols habités. Un accord a notamment été conclu avec le gouvernement français pour organiser deux missions impliquant des astronautes français, confirmant le rôle de la France comme partenaire stratégique dans la prochaine génération d’infrastructures orbitales.
Pour Paris, cette décision renforce l’attractivité du territoire auprès des acteurs du New Space. Entre les compétences du CNES, la présence de grands groupes comme Airbus Defence and Space, Thales Alenia Space ou ArianeGroup, et un vivier d’ingénieurs reconnu, la capitale dispose d’arguments solides. Vast y voit une passerelle vers l’Europe, mais aussi une base politique et technologique pour accélérer ses ambitions dans les stations spatiales commerciales.
Thomas Pesquet et Arnaud Prost incarnent le nouveau visage des vols français
Les deux missions annoncées par Vast mettent en lumière deux profils complémentaires de l’exploration spatiale française : Thomas Pesquet, figure emblématique des vols habités européens, et Arnaud Prost, astronaute français encore jamais allé dans l’Espace. Ensemble, ils symbolisent le passage entre l’ère institutionnelle de l’ISS et celle, plus ouverte, des stations privées.
La mission de Thomas Pesquet doit être menée en partenariat avec la NASA et aura pour destination la Station spatiale internationale. Ce choix confirme la place centrale de l’astronaute français dans les coopérations internationales, après ses précédentes missions qui ont largement popularisé la recherche en microgravité auprès du grand public. Son retour potentiel en orbite offrirait aussi à la France une nouvelle visibilité scientifique et diplomatique.
Le vol d’Arnaud Prost, lui, pourrait marquer une rupture. Il est prévu à bord de Haven One, la station commerciale développée par Vast. Pour un astronaute français novice en orbite, cette mission ouvrirait une nouvelle voie : celle de vols opérés hors des cadres traditionnels, avec des infrastructures privées mais des objectifs scientifiques, industriels et stratégiques. La France se positionne ainsi sur deux fronts : préserver son héritage spatial et préparer l’après-ISS.
Haven One veut ouvrir l’ère des stations spatiales commerciales
Haven One est au centre de l’ambition de Vast : devenir la première station spatiale commerciale au monde. Prévue pour un lancement en 2027 selon le calendrier actuel de l’entreprise, cette infrastructure doit accueillir des équipages en orbite basse et proposer un environnement adapté à la recherche, à la production avancée et à l’expérimentation en microgravité.
Contrairement à la Station spatiale internationale, fruit d’une coopération intergouvernementale historique, Haven One s’inscrit dans un modèle plus flexible. Vast veut vendre des services à des clients gouvernementaux, à des entreprises privées et, potentiellement, à des particuliers. Cette approche traduit l’émergence d’une économie spatiale commerciale, dans laquelle l’accès à l’orbite ne serait plus seulement réservé aux agences publiques.
La station doit être composée de modules conçus pour maintenir une présence humaine dans l’Espace au bénéfice des États-Unis et de leurs alliés. Le projet reste ambitieux, notamment parce que le calendrier a déjà connu plusieurs retards. Mais si Haven One atteint l’orbite et accueille ses premiers astronautes, elle deviendra un jalon majeur du New Space. Elle servirait aussi de démonstrateur grandeur nature pour les futures plateformes de Vast, plus vastes et plus durables.
Après l’ISS, Haven Two prépare le relais des stations privées
La fin programmée de la Station spatiale internationale, attendue autour de 2030, crée une urgence stratégique pour les grandes puissances spatiales. Depuis plus de vingt-cinq ans, l’ISS assure une présence humaine continue en orbite basse et constitue un laboratoire scientifique unique. Son retrait ouvrira un vide que plusieurs entreprises privées cherchent déjà à combler. Vast veut être l’un des acteurs majeurs de cette transition avec Haven Two.
Cette future station, plus grande que Haven One, est pensée comme une infrastructure de relais. Elle devra permettre la poursuite des expériences scientifiques, mais aussi l’industrialisation de services orbitaux : fabrication en microgravité, biotechnologies, observation, tests de matériaux, ou encore accueil d’équipages issus de pays ne disposant pas de station nationale.
Pour les agences spatiales, l’intérêt est évident. Plutôt que financer seules des plateformes orbitales coûteuses, elles pourraient acheter des capacités auprès d’opérateurs privés, tout en conservant un accès à l’orbite basse. Ce modèle, déjà observé dans le transport spatial avec SpaceX, gagne désormais les habitats habités. Haven Two s’inscrit dans cette logique : transformer l’après-ISS en marché structuré, avec des stations privées capables d’assurer continuité scientifique, souveraineté d’accès et développement économique.
Vast mise sur Jed McCaleb pour bâtir des habitats en orbite basse
Derrière Vast se trouve Jed McCaleb, entrepreneur américain connu pour son rôle dans l’univers des cryptomonnaies. Fondateur de plusieurs projets majeurs du secteur numérique, il a lancé Vast en 2021 avec une ambition radicale : accélérer la construction d’habitats humains en orbite basse et, à plus long terme, soutenir la présence humaine au-delà de la Terre.
Basée à Long Beach, en Californie, l’entreprise compte environ un millier d’employés et avance sur un marché où la crédibilité technique est essentielle. Vast a déjà mené des opérations de démonstration en orbite, notamment avec Haven Demo, un banc d’essai destiné à valider des technologies clés avant le déploiement de stations habitées. La réussite du vol, de l’exploitation et de la désorbitation de ce démonstrateur a permis à l’entreprise de renforcer son discours industriel.
La vision de McCaleb ne se limite pas à Haven One. Vast évoque aussi des systèmes et habitats destinés, à terme, à la Lune et à Mars. Cette perspective reste lointaine, mais elle donne une cohérence à sa stratégie : commencer par l’orbite basse, maîtriser les environnements pressurisés habités, puis élargir progressivement le champ d’action. Dans cette trajectoire, Paris devient une pièce européenne importante.
Un demi milliard de dollars pour accélérer les satellites et les stations de Vast
Vast a récemment annoncé une levée de fonds de 500 millions de dollars, un montant considérable destiné à accélérer ses programmes spatiaux. Ce financement doit soutenir à la fois le développement de ses stations orbitales, dont Haven One et Haven Two, et son nouveau programme de satellites haute performance.
Le programme Vast Satellite vise plusieurs marchés à forte croissance : communications, observation de la Terre, sécurité nationale, constellations spécialisées et futurs centres de données orbitaux. Cette diversification est stratégique. En combinant habitats habités et satellites, l’entreprise cherche à bâtir un portefeuille technologique plus large, capable de répondre aux besoins des gouvernements comme des opérateurs privés.
Dans le secteur spatial, les capitaux sont décisifs, mais ils ne suffisent pas. Les projets de stations exigent des tests rigoureux, des certifications, des lanceurs disponibles, des accords avec les agences et une maîtrise opérationnelle sans faille. Les 500 millions de dollars donnent toutefois à Vast une marge de manœuvre importante pour recruter, industrialiser et sécuriser son calendrier. L’entreprise entend ainsi passer du statut de nouvel entrant ambitieux à celui d’opérateur orbital crédible. Pour ses partenaires français, cette solidité financière renforce l’intérêt d’une coopération à long terme dans l’orbite basse commerciale.
Paris peut devenir un hub français de l’orbite basse commerciale
L’arrivée de Vast à Paris intervient à un moment charnière pour l’industrie spatiale française. L’orbite basse commerciale devient un terrain de compétition mondiale, porté par les stations privées, les constellations de satellites, la recherche en microgravité et les nouveaux services orbitaux. En accueillant le siège européen de Vast, la capitale renforce son ambition de devenir un centre de décision majeur pour ce marché émergent.
La France dispose déjà d’atouts solides : une expertise publique reconnue avec le CNES, des industriels puissants, des start-up innovantes, des laboratoires scientifiques de haut niveau et une tradition diplomatique dans les coopérations spatiales. L’implantation de Vast peut créer un effet d’entraînement, en rapprochant investisseurs, ingénieurs, agences, universités et donneurs d’ordre internationaux.
Le défi sera de transformer cette annonce en écosystème durable. Pour y parvenir, Paris devra faciliter les partenariats, encourager les expérimentations, soutenir les talents et clarifier les cadres réglementaires liés aux activités commerciales en orbite. Si ces conditions sont réunies, la capitale pourrait devenir bien plus qu’une vitrine européenne pour Vast. Elle pourrait s’imposer comme un hub spatial français tourné vers l’après-ISS, où se prépareront les missions habitées, les services orbitaux et les infrastructures privées de demain.


