En Albanie, le projet immobilier et touristique associé au couple Trump-Kushner suscite une controverse majeure, mêlant ambitions économiques, enjeux environnementaux et soupçons de favoritisme. Entre Zvernec, Vjosa-Narta et l’île de Sazan, ce dossier cristallise les tensions autour du tourisme de luxe, de la protection des zones naturelles et de la transparence publique. L’ouverture d’une enquête par le SPAK donne désormais une dimension judiciaire à une affaire déjà très politique. Voici ce que l’on sait, à ce stade, du projet, de ses acteurs, de ses financements annoncés et des critiques qu’il provoque, dans un contexte national particulièrement sensible et observé attentivement.
Projet Trump Kushner en Albanie : le SPAK ouvre une enquête anticorruption sur fond de colère populaire
Le parquet spécial anticorruption albanais, connu sous l’acronyme SPAK, a confirmé l’ouverture d’une enquête autour du projet touristique Trump Kushner en Albanie, alors que la contestation gagne en intensité à Zvernec, Vjosa-Narta et Tirana. Cette décision intervient après la diffusion de vidéos montrant des travaux préparatoires sur le littoral de Zvernec, dans une zone considérée comme sensible sur le plan environnemental.
Au cœur du dossier figure un vaste programme de développement hôtelier et immobilier associé à Ivanka Trump, Jared Kushner et à des structures privées liées à l’investissement touristique de luxe. Les autorités albanaises n’ont pas détaillé le périmètre exact des investigations, mais plusieurs points alimentent les soupçons : modifications du statut de certaines zones protégées, procédures administratives accélérées, contrats potentiellement conclus sans appel d’offres et origine des financements.
La pression populaire s’est accentuée après plusieurs manifestations locales, puis nationales. À Tirana, des milliers de personnes ont dénoncé un projet perçu comme opaque, socialement explosif et écologiquement risqué. Dans un pays où les questions foncières restent particulièrement sensibles, l’enquête du SPAK apparaît désormais comme un test majeur pour la transparence de l’État albanais.
Zvernec, Vjosa-Narta et Sazan : les sites sensibles qui cristallisent les ambitions du tourisme de luxe
Les sites de Zvernec, de la lagune Vjosa-Narta et de l’île de Sazan concentrent les ambitions du projet touristique porté par des investisseurs privés liés à Jared Kushner. Ces territoires, situés dans le sud-ouest de l’Albanie, sont devenus le symbole d’un affrontement entre développement économique, préservation environnementale et contrôle public du littoral.
À Zvernec, le projet prévoit la construction d’un complexe hôtelier haut de gamme et de villas, dans une région déjà connue pour son attractivité paysagère. Mais cette zone appartient aussi à l’écosystème de Vjosa-Narta, un espace fragile composé de lagunes, de marais salants, de zones humides et d’habitats d’oiseaux migrateurs. Son classement environnemental et sa valeur écologique rendent toute opération immobilière particulièrement controversée.
L’île de Sazan, ancienne base militaire inhabitée située à l’entrée de la baie de Vlora, représente une autre pièce stratégique. Présentée comme un possible site de tourisme de luxe en Albanie, elle reste toutefois une propriété publique. Le gouvernement d’Edi Rama a indiqué qu’aucun accord définitif n’existait à ce stade sur Sazan, tout en rappelant que l’État devrait rester partie prenante et bénéficiaire de tout développement éventuel.
Ivanka Trump, Jared Kushner et Affinity : les acteurs privés au cœur du projet albanais
Ivanka Trump et Jared Kushner occupent une place centrale dans l’attention médiatique entourant le projet albanais, même si la structure exacte des participations privées demeure difficile à établir. Leur nom, associé à des investissements internationaux de grande ampleur, donne au dossier une dimension politique et financière qui dépasse largement le cadre du simple développement touristique.
Le fonds Affinity Partners, fondé par Jared Kushner, est régulièrement cité dans le dossier, notamment à travers la société Atlantic Incubation Partners LLC, présentée comme liée à cet environnement d’investissement. Fin 2024, cette entité a obtenu le statut d’investisseur stratégique en Albanie, un label qui peut permettre des procédures accélérées pour les projets jugés prioritaires par les autorités.
Ivanka Trump s’est rendue à Zvernec avec des architectes et des investisseurs avant de rencontrer le Premier ministre albanais, Edi Rama. Cette visite a renforcé la visibilité du projet, mais aussi les interrogations sur le rôle exact de chaque acteur. Affinity Partners n’a pas livré de détails précis sur son implication opérationnelle ou financière, renvoyant certaines questions vers une communication extérieure. Pour les opposants, cette absence de clarté nourrit l’idée d’un projet puissant, mais insuffisamment transparent.
Milliards annoncés, zones d’ombre persistantes : le financement du projet touristique interroge
Les montants évoqués pour le projet touristique en Albanie sont spectaculaires : environ 1,4 milliard d’euros pour l’île de Sazan et jusqu’à quatre milliards d’euros pour Zvernec, selon les déclarations attribuées aux autorités albanaises. Ces chiffres placeraient l’opération parmi les plus importants investissements touristiques jamais envisagés dans le pays.
Mais derrière ces annonces, la structure financière reste floue. Les sources de financement, les véhicules d’investissement, les garanties apportées et la répartition des bénéfices n’ont pas été clairement exposés au public. Cette opacité est d’autant plus sensible que le projet touche des terres côtières stratégiques, des zones protégées et, dans le cas de Sazan, une propriété publique relevant directement de l’État albanais.
Une déclaration transmise au nom d’Asher Abehsera, présenté comme président de Sazan Real Estate Development LLC, évoque l’ambition de créer une « destination de classe mondiale ». Toutefois, l’existence et le rôle exact de cette société ont suscité des interrogations. Pour les critiques, l’enjeu n’est pas seulement de savoir combien d’argent sera investi, mais d’identifier précisément qui investit, avec quels fonds, sous quel contrôle et au bénéfice de qui.
À Vjosa-Narta, la biodiversité et les flamants roses mobilisent la fronde écologiste
La contestation contre le projet se cristallise fortement autour de Vjosa-Narta, une zone humide majeure du littoral albanais, réputée pour sa biodiversité et la présence emblématique de flamants roses. Pour les organisations écologistes, le développement d’un complexe hôtelier et de villas dans ce secteur pourrait fragiliser un écosystème déjà soumis à de multiples pressions.
Plus de quarante associations environnementales ont demandé la suspension du projet, estimant que les travaux préparatoires et les changements administratifs liés à la zone protégée pourraient ouvrir la voie à une artificialisation durable du littoral. Leur mobilisation repose sur un argument simple : les zones humides ne sont pas des réserves foncières disponibles, mais des espaces essentiels à l’équilibre écologique, à la migration des oiseaux et à la protection naturelle des côtes.
La présence des flamants roses, régulièrement mise en avant par les défenseurs de l’environnement, est devenue un symbole puissant. Elle rappelle que Vjosa-Narta n’est pas seulement un décor attractif pour le tourisme de luxe, mais un habitat vivant. Les opposants redoutent qu’un modèle de développement fondé sur les villas, les routes d’accès et les infrastructures privées transforme irréversiblement ce paysage fragile.
Foncier, appels d’offres et rôle de l’État : les questions clés qui fragilisent le dossier
Les principales fragilités du dossier albanais concernent le foncier, les appels d’offres et le rôle exact de l’État dans l’attribution ou la facilitation du projet. Dans un pays où les litiges de propriété restent nombreux depuis les transitions post-communistes, la question des terrains de Zvernec suscite une attention particulière.
Certaines familles affirment détenir des droits sur une partie des parcelles concernées. Si ces revendications se confirment, elles pourraient compliquer les procédures d’acquisition, d’aménagement et d’autorisation. Le dossier devient alors non seulement environnemental et financier, mais aussi social, car il touche à la mémoire foncière, aux droits locaux et à la capacité des habitants à faire valoir leurs titres face à de grands investisseurs.
Les procédures administratives sont également au centre des critiques. Le statut d’investisseur stratégique obtenu par une société liée au projet peut accélérer les démarches, mais il soulève des questions sur l’égalité d’accès, la concurrence et la transparence. Les opposants demandent notamment si certains contrats ont été permis sans appel d’offres ouvert. Quant à l’État albanais, il se trouve dans une position délicate : promouvoir l’investissement étranger tout en garantissant l’intérêt public, la légalité des procédures et la protection des biens communs.


