Une nouvelle panne plonge Cuba dans une situation critique, alors que le réseau électrique national peine à être rétabli faute de carburant suffisant et d’infrastructures fiables. À La Havane comme dans les provinces, le retour du courant s’effectue au compte-gouttes, révélant l’ampleur d’une crise énergétique désormais chronique. Entre centrales vieillissantes, pénuries persistantes, sanctions américaines et tensions sociales, les autorités doivent stabiliser un système fragilisé avant d’éviter un nouvel effondrement. Cette coupure générale, l’une des nombreuses enregistrées depuis fin 2024, illustre la vulnérabilité profonde de l’île et l’urgence d’une réponse durable pour les habitants, déjà confrontés à des privations quotidiennes majeures répétées.
Panne électrique à Cuba, le courant revient très lentement à La Havane
Plus de vingt-quatre heures après la panne électrique générale à Cuba, le retour du courant reste extrêmement lent à La Havane. Selon la compagnie nationale d’électricité, l’UNE, à peine 12 % des foyers de la capitale avaient été réalimentés samedi en début de soirée, contre seulement 7 % à la mi-journée. La situation illustre l’ampleur de la déconnexion survenue vendredi après-midi, lorsque le réseau national s’est effondré à la suite d’un incident localisé dans le centre de l’île.
Les autorités cubaines préviennent que le rétablissement ne pourra se faire que par étapes. Félix Estrada, responsable de l’UNE, a expliqué à la télévision nationale qu’une « chute partielle du système » dans la nuit de samedi avait obligé les équipes techniques à reprendre une partie des opérations depuis le début. Autrement dit, chaque tentative de reconnexion demeure fragile, car le réseau doit être stabilisé progressivement avant d’alimenter davantage de quartiers.
À La Havane, les habitants composent donc avec des rues plongées dans l’obscurité, des commerces fermés ou ralentis, des communications perturbées et des difficultés croissantes pour conserver les aliments, charger les téléphones ou accéder à l’eau dans les immeubles dépendants de pompes électriques.
Cuba enchaîne les pannes générales, une crise énergétique devenue chronique
Cette nouvelle coupure n’est pas un événement isolé. Elle s’inscrit dans une série noire qui confirme la transformation de la crise énergétique cubaine en problème structurel. Il s’agit de la quatrième panne électrique générale en moins de six mois et de la neuvième depuis la fin de l’année 2024, un rythme qui met sous pression les autorités comme la population de cette île de 9,6 millions d’habitants.
Le réseau avait déjà été reconnecté deux jours seulement avant cette nouvelle défaillance, après une précédente coupure générale survenue lundi. Cette succession rapprochée d’incidents complique les opérations de rétablissement, car les équipes techniques n’ont pas le temps de stabiliser durablement le système avant qu’un nouveau déséquilibre ne survienne. Le président Miguel Diaz-Canel a lui-même reconnu que cette panne, intervenue à quelques jours d’intervalle de la précédente, « aggrave les tensions » dans le processus de remise en service.
Pour les Cubains, ces interruptions répétées modifient profondément le quotidien. Les pannes ne sont plus perçues comme des urgences exceptionnelles, mais comme un symptôme permanent d’un réseau fragilisé. Elles affectent l’économie locale, les transports, les services publics, les hôpitaux, les écoles et la vie domestique, dans un pays déjà confronté à une grave crise économique.
Carburant rare et centrales vieillissantes fragilisent le réseau électrique cubain
La fragilité du système repose sur deux facteurs majeurs : la pénurie de carburant et le vieillissement des infrastructures. À Cuba, une grande partie de la production électrique dépend encore de centrales thermiques anciennes, souvent mal entretenues faute de pièces, de financements et de devises. Ces installations fonctionnent sous contrainte permanente, avec une marge de sécurité très réduite. Lorsqu’un incident survient, l’effet domino peut rapidement provoquer une déconnexion plus large du réseau.
Le manque de combustible aggrave encore cette vulnérabilité. D’après l’UNE, il ralentit non seulement la production normale d’électricité, mais limite aussi le recours aux générateurs de secours, souvent alimentés au diesel importé. Or ces groupes électrogènes jouent un rôle essentiel lors des phases de redémarrage, notamment pour réalimenter certains secteurs prioritaires et stabiliser progressivement la distribution.
Depuis janvier, les réserves disponibles se sont considérablement réduites. Un seul pétrolier russe transportant 100 000 tonnes de brut aurait été autorisé à arriver en mars, mais ces volumes sont désormais épuisés. Malgré le lancement d’un programme de construction de parcs solaires, les énergies renouvelables ne compensent pas encore les défaillances des centrales traditionnelles. La transition existe, mais elle reste insuffisante face à l’urgence.
À La Havane comme en province, les délestages prolongés épuisent les habitants
Au-delà des chiffres officiels, la crise électrique se mesure dans les appartements, les files d’attente et les nuits sans ventilateur. Les délestages à Cuba atteignent désormais des durées particulièrement éprouvantes : plus de trente heures d’affilée à La Havane et parfois plusieurs jours dans certaines provinces. Cette différence territoriale alimente un sentiment d’abandon chez les habitants des zones rurales ou des villes secondaires, souvent réalimentées après la capitale.
Les conséquences sont immédiates. Sans électricité, les réfrigérateurs cessent de fonctionner, les denrées se perdent, les familles réduisent leurs achats alimentaires et les petites activités privées, déjà fragiles, voient leurs revenus diminuer. Dans les immeubles, l’absence de courant empêche parfois l’accès à l’eau lorsque les pompes ne fonctionnent plus. Les écoles, les centres de santé et les transports doivent aussi adapter leurs services dans l’urgence.
La fatigue sociale s’accumule d’autant plus que les coupures surviennent dans un contexte de pénuries plus larges. Beaucoup d’habitants organisent leur journée autour des rares heures de courant disponible : cuisiner, laver, recharger une lampe, contacter des proches. À mesure que les pannes se prolongent, l’électricité devient moins un service public ordinaire qu’une ressource intermittente, attendue avec inquiétude.
Sanctions américaines et blocus pétrolier, le bras de fer qui pèse sur l’énergie cubaine
Le gouvernement cubain attribue une part centrale de la crise actuelle au blocus pétrolier américain et aux sanctions imposées par Washington. Selon La Havane, ces mesures limitent l’accès au carburant, compliquent les importations de pièces détachées, freinent les financements et réduisent les marges de manœuvre d’un secteur énergétique déjà affaibli. Le président Miguel Diaz-Canel a qualifié la situation de « très complexe » en dénonçant un blocus pétrolier qu’il juge responsable de l’asphyxie progressive du pays.
Les sanctions américaines dépassent la seule question du pétrole. Elles visent aussi des entreprises et des responsables cubains, tout en contribuant à assécher les rentrées de devises. Le tourisme, secteur vital pour l’économie de l’île, est lui aussi fragilisé, ce qui limite la capacité du pays à acheter du combustible, moderniser ses centrales ou accélérer ses projets d’énergie solaire.
Du côté américain, la ligne politique reste dure. Donald Trump a déjà présenté Cuba comme une « menace extraordinaire » pour la sécurité nationale des États-Unis, évoquant même à plusieurs reprises la possibilité d’en « prendre le contrôle ». Dans ce contexte de confrontation, l’énergie devient un levier géopolitique majeur, avec des conséquences directes pour les foyers cubains.
Rétablissement de l’électricité à Cuba, les prochains jours seront décisifs
La priorité immédiate des autorités est de stabiliser le réseau avant d’étendre la réalimentation à l’ensemble du pays. Le rétablissement de l’électricité à Cuba dépendra de la capacité des équipes techniques à éviter de nouvelles chutes partielles, comme celle survenue dans la nuit de samedi. Chaque reconnexion doit être menée avec prudence : une remise en charge trop rapide pourrait provoquer de nouveaux déséquilibres et retarder encore le retour du courant.
Les prochains jours seront donc déterminants pour La Havane comme pour les provinces. Si la production disponible reste insuffisante, les autorités devront probablement maintenir des délestages tournants, même après la reconnexion du réseau national. Cela permettrait de répartir l’électricité de manière contrôlée, mais prolongerait les difficultés pour les ménages, les commerces et les services essentiels.
Le défi est autant technique que politique. À court terme, Cuba doit sécuriser du carburant, mobiliser des générateurs de secours et protéger les infrastructures critiques. À moyen terme, l’île devra accélérer la modernisation de ses centrales et renforcer ses capacités renouvelables. Mais dans l’immédiat, les habitants attendent une chose simple : que la lumière revienne, durablement, sans nouvelle panne générale quelques jours plus tard.


