Cinéaste kurde nourri de force : son calvaire aux États-Unis

Le témoignage de Gabar Choli, cinéaste kurde détenu aux États-Unis, soulève de graves questions sur les pratiques de l’immigration américaine. Après une grève de la faim menée en centre de détention, il affirme avoir subi une alimentation forcée par l’ICE, décrite comme violente et traumatisante. Entre droit d’asile, contrôle migratoire et respect de l’intégrité physique, cette affaire met en lumière les tensions d’un système contesté. Elle ravive aussi le débat sur les droits humains, la responsabilité médicale et les limites de la contrainte exercée sur des personnes vulnérables cherchant protection face aux persécutions et à la peur de l’expulsion forcée.

Gabar Choli affirme avoir été nourri de force par l’ICE après une grève de la faim

Le cinéaste kurde Gabar Choli affirme avoir été nourri de force par l’ICE après dix-neuf jours de grève de la faim, alors qu’il était détenu dans le centre de Port Isabel, au Texas. Selon son témoignage, plusieurs gardes l’auraient immobilisé avant l’introduction d’une sonde nasogastrique, un geste médical invasif destiné à faire passer un liquide nutritif du nez jusqu’à l’estomac.

L’homme de 41 ans décrit une douleur intense, une sensation de brûlure prolongée et une perte totale de contrôle sur son propre corps. Il affirme que jusqu’à deux litres de liquide pouvaient lui être administrés en une vingtaine de minutes, parfois deux fois par jour. Ces épisodes, dit-il, l’ont marqué plus profondément que les autres aspects de sa détention.

Dans son récit, Gabar Choli ne présente pas cette procédure comme un acte de soin, mais comme une expérience traumatisante. Sa parole relance le débat sur les méthodes employées dans certains centres de détention migratoire aux États-Unis, notamment lorsque des demandeurs d’asile utilisent la grève de la faim pour protester contre leur enfermement.

Du cinéma kurde à la demande d’asile, le parcours sous tension de Gabar Choli

Avant d’être associé à une affaire de détention migratoire américaine, Gabar Choli était connu comme un cinéaste engagé dans la cause kurde. Son travail artistique, selon ses déclarations, l’aurait exposé à des menaces, notamment en raison du contenu politique de certains de ses films. Cette pression l’aurait conduit à quitter le Canada en 2022, puis à demander l’asile aux États-Unis.

Son parcours bascule en février 2025, lorsqu’il est arrêté lors d’un rendez-vous avec l’ICE, la police américaine de l’immigration. Pour lui, cette arrestation intervient alors qu’il cherchait une protection, non un retour forcé vers un pays où il disait craindre pour sa vie. Il aurait notamment refusé de signer un document prévoyant son expulsion vers l’Iran.

Ce refus, au cœur de son dossier, illustre la situation complexe de nombreux demandeurs d’asile confrontés à des procédures longues, opaques et parfois brutales. Le cas de Gabar Choli montre comment un itinéraire artistique et politique peut se transformer en combat administratif, médical et humain, dans un système migratoire où la sécurité invoquée par l’État se heurte à la vulnérabilité des exilés.

À Port Isabel, un demandeur d’asile décrit une détention traumatisante

Au centre de détention de Port Isabel, au Texas, Gabar Choli affirme avoir vécu des conditions qu’il qualifie de traumatisantes. Au-delà de l’alimentation forcée, il évoque des cris répétés, des coups, des périodes d’isolement et une lumière artificielle maintenue en permanence. Ces éléments, selon lui, auraient aggravé son état physique et psychologique au fil des semaines.

Le centre de Port Isabel est l’un des lieux de détention utilisés par les autorités américaines pour retenir des personnes en situation migratoire irrégulière ou en attente de décision sur leur dossier. Dans ce contexte, les témoignages de détenus sont souvent difficiles à vérifier de manière indépendante, mais ils alimentent régulièrement les critiques d’associations de défense des droits humains.

Gabar Choli décrit une atmosphère de peur, où la privation de repères et l’incertitude administrative deviennent une forme de pression quotidienne. Son témoignage insiste sur la solitude du détenu face à une institution puissante, dans un environnement fermé. Pour les défenseurs des migrants, ce type de récit rappelle l’urgence d’un contrôle plus strict des pratiques dans les centres de détention de l’ICE.

Aux États-Unis, l’alimentation forcée des détenus entre cadre légal et indignation

Aux États-Unis, l’alimentation forcée des détenus peut être autorisée par décision judiciaire lorsqu’une personne en grève de la faim risque de mourir ou de subir des séquelles irréversibles. Ce cadre légal vise officiellement à préserver la vie, mais il demeure profondément contesté, en particulier lorsqu’il concerne des personnes détenues pour des raisons migratoires.

Dans le cas de Gabar Choli, la procédure aurait été appliquée après plusieurs semaines de refus de s’alimenter. Les autorités peuvent considérer qu’elles ont l’obligation d’intervenir pour empêcher un décès en détention. Toutefois, des organisations médicales et des défenseurs des droits humains estiment que l’alimentation forcée, lorsqu’elle se fait contre la volonté d’un détenu conscient, peut s’apparenter à un traitement cruel, inhumain ou dégradant.

Le débat oppose donc deux principes : la responsabilité de l’État face à la santé d’une personne détenue et le respect de l’autonomie corporelle. Cette tension n’est pas nouvelle, mais l’affaire Choli la rend à nouveau visible. Elle interroge la frontière entre intervention médicale, contrainte administrative et usage de la force dans les centres gérés par l’immigration américaine.

L’affaire Gabar Choli révèle les zones d’ombre de la détention migratoire américaine

L’affaire Gabar Choli met en lumière les zones d’ombre persistantes de la détention migratoire américaine, un système souvent critiqué pour son manque de transparence et la difficulté d’accès aux informations. Son témoignage ne se limite pas à une expérience individuelle : il pose la question du traitement réservé aux demandeurs d’asile lorsque leur dossier devient un enjeu sécuritaire ou administratif.

Expulsé vers le Canada le 6 janvier, Gabar Choli affirme souffrir encore de complications physiques liées à sa détention. Son récit insiste sur la violence ressentie lors des procédures médicales imposées, mais aussi sur l’impact psychologique de l’enfermement, de l’isolement et de l’incertitude. Pour lui, témoigner revient à dénoncer un système dans lequel des personnes vulnérables peuvent se retrouver privées de contrôle sur leur avenir et leur corps.

Cette affaire intervient dans un contexte où l’ICE fait régulièrement l’objet de critiques concernant ses centres de détention, ses méthodes de surveillance et ses conditions d’accueil. Elle rappelle que derrière les statistiques migratoires se trouvent des trajectoires humaines complexes, marquées par l’exil, la peur et la recherche de protection. Le cas Choli pourrait ainsi nourrir de nouvelles demandes d’enquête et de réforme.

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