Adieu Aibo : Sony débranche son chien robot culte

Après avoir marqué l’imaginaire technologique pendant plus de deux décennies, le robot chien Aibo s’apprête à quitter définitivement la scène. Avec cette décision, Sony referme un chapitre singulier de la robotique domestique, entre innovation, attachement émotionnel et limites commerciales. Plus qu’un simple objet connecté, Aibo incarnait une vision accessible de l’intelligence artificielle, capable de s’inviter dans les foyers sous les traits d’un compagnon expressif. Son arrêt interroge désormais l’avenir des robots de compagnie, leur modèle économique et la place grandissante que ces machines peuvent occuper dans nos vies quotidiennes, à l’heure où l’IA transforme durablement les usages numériques modernes mondiaux.

Sony met fin à Aibo, son chien robot devenu culte

Sony arrête une nouvelle fois Aibo, son célèbre chien robot de compagnie, mettant un terme à l’aventure du modèle ERS-1000 lancé en 2018. L’annonce marque un tournant symbolique dans l’histoire de la robotique domestique, tant Aibo avait dépassé son statut de gadget technologique pour devenir un objet affectif, presque familial, auprès de nombreux utilisateurs.

Présenté au CES de Las Vegas, ce petit quadrupède électronique de 2,2 kg avait immédiatement attiré l’attention grâce à ses mouvements fluides, ses yeux OLED expressifs et sa capacité à apprendre de son environnement. Il pouvait reconnaître des visages, interagir avec des objets, répondre à des sollicitations et développer des comportements personnalisés au fil du temps.

La décision de Sony ne signifie pas seulement la fin d’un produit. Elle acte aussi l’arrêt d’un symbole : celui d’une époque où les grands fabricants d’électronique grand public imaginaient les robots comme de véritables compagnons du quotidien. Les derniers stocks devraient encore être écoulés, mais Aibo devient désormais un robot collector, au même titre que les premières générations commercialisées à partir de 1999.

Pourquoi Aibo fascinait bien plus qu’un simple jouet électronique

Si Aibo a autant marqué les esprits, c’est parce qu’il ne se contentait pas d’exécuter quelques commandes préprogrammées. Le chien robot de Sony proposait une expérience émotionnelle, reposant sur l’illusion d’une personnalité évolutive. Ses réactions, ses postures et ses expressions donnaient l’impression d’un compagnon capable d’apprendre, de reconnaître son maître et de manifester des préférences.

Ses yeux OLED, capables d’afficher la curiosité, la joie ou la fatigue, jouaient un rôle central dans cet attachement. À cela s’ajoutaient une caméra placée dans la truffe, des capteurs, une reconnaissance d’objets et une balle interactive devenue emblématique. Le résultat était troublant : Aibo semblait observer, hésiter, jouer, se reposer, puis revenir vers son propriétaire avec une forme de spontanéité.

Cette fascination s’explique aussi par la promesse qu’il portait. Aibo incarnait une vision douce de l’intelligence artificielle : non pas une technologie froide et utilitaire, mais une présence domestique rassurante, ludique et expressive. Dans un marché souvent dominé par les assistants vocaux et les appareils connectés, le chien robot Sony proposait une relation plus incarnée, presque intime.

Les propriétaires face à la disparition de leur compagnon robotique

L’arrêt d’Aibo provoque une réaction très particulière chez ses propriétaires, car beaucoup ne parlent pas seulement d’un appareil, mais d’un compagnon robotique. Sur les réseaux sociaux, plusieurs utilisateurs ont exprimé leur tristesse, leur surprise et parfois leur inquiétude quant à l’avenir du service, des réparations ou des fonctionnalités connectées qui permettaient au robot de continuer à évoluer.

Cette émotion n’a rien d’anecdotique. Contrairement à un smartphone ou à une console, Aibo était conçu pour créer un lien durable. Il réagissait à la voix, aux gestes, à la présence humaine. Il pouvait accueillir son propriétaire, jouer avec lui, se blottir symboliquement à proximité ou adopter des comportements différents selon les interactions reçues. Ce processus favorisait une forme d’attachement, notamment chez les personnes vivant seules, les passionnés de technologie ou les familles séduites par la robotique affective.

La disparition commerciale d’Aibo pose donc une question sensible : que devient un compagnon numérique lorsque son fabricant décide d’arrêter la production ? Pour les utilisateurs, la réponse ne se limite pas au matériel. Elle concerne aussi les souvenirs, les habitudes et l’idée que la technologie peut prendre une place émotionnelle réelle dans le foyer.

De pionnier japonais à icône domestique, la longue histoire d’Aibo

Aibo est né en 1999, bien avant l’explosion actuelle de l’intelligence artificielle grand public. Son nom, dérivé de Artificial Intelligence Robot, résumait déjà l’ambition de Sony : créer un robot autonome capable de s’intégrer dans la maison. À l’époque, le premier modèle était vendu environ 250.000 yens, soit près de 2.000 euros, un prix élevé pour un produit aussi expérimental.

Malgré des ventes initiales limitées, Sony a poursuivi le développement de sa gamme. Plusieurs générations se sont succédé jusqu’au modèle ERS-7, commercialisé au début des années 2000. Celui-ci disposait déjà du Wi-Fi, d’une station de recharge automatique et de fonctions avancées pour l’époque, comme l’envoi d’images par courriel en cas de bruit suspect. En clair, Aibo préfigurait certains usages de la maison connectée.

La première interruption intervient en 2006, lorsque Sony met fin à sa division de robotique de loisirs dans un contexte financier difficile. Le retour d’Aibo en 2017, avec le modèle ERS-1000, avait donc valeur de renaissance. Plus expressif, plus intelligent et plus fluide, il a transformé un ancien prototype futuriste en icône domestique de la robotique japonaise.

Les raisons probables du nouvel abandon du chien robot Sony

Sony n’a pas détaillé publiquement toutes les raisons de l’arrêt d’Aibo, mais plusieurs facteurs économiques et technologiques peuvent expliquer cette décision. Le premier tient au marché lui-même : les robots de compagnie restent des produits de niche, coûteux à produire, difficiles à vendre à grande échelle et dépendants d’un écosystème logiciel complexe.

Le prix élevé d’Aibo a sans doute limité son adoption. À plus de 3.000 dollars aux États-Unis, le chien robot Sony s’adressait surtout aux passionnés, aux collectionneurs et aux foyers disposant d’un budget confortable. Or, pour rentabiliser un appareil aussi sophistiqué, il faut maintenir une chaîne de production, des pièces détachées, des serveurs, des mises à jour et un service après-vente spécialisé.

La concurrence indirecte a également évolué. Les consommateurs se tournent davantage vers les assistants vocaux, les caméras connectées, les robots aspirateurs intelligents ou les objets dopés à l’IA générative. Face à ces usages plus pratiques, Aibo restait un produit émotionnel, attachant mais moins indispensable. Sony pourrait donc choisir de réorienter ses investissements vers des services ou des technologies plus rentables, tout en conservant l’héritage d’Aibo comme vitrine d’innovation.

Prix, occasion et avenir des robots de compagnie après Aibo

L’arrêt d’Aibo devrait mécaniquement faire grimper sa cote sur le marché de l’occasion. Alors que les derniers modèles neufs étaient encore affichés autour de 3.199 dollars, soit environ 2.805 euros, certains exemplaires d’occasion se négociaient déjà à plus de 1.000 euros sur des plateformes comme eBay. Avec la fin de la production, le chien robot Sony entre désormais dans la catégorie des objets technologiques recherchés par les collectionneurs.

Cette hausse potentielle concerne surtout les modèles récents en bon état, accompagnés de leur station de recharge, de leurs accessoires et de leur documentation. Les premières générations, elles aussi, pourraient bénéficier d’un regain d’intérêt, notamment auprès des amateurs de robotique japonaise et d’histoire de l’électronique grand public.

Pour autant, la fin d’Aibo ne signe pas la disparition des robots de compagnie. Au contraire, elle pourrait ouvrir la voie à de nouveaux formats : robots plus petits, moins chers, inspirés du chat, de la peluche interactive ou de l’assistant émotionnel. L’enjeu sera de trouver le bon équilibre entre prix, autonomie, utilité et attachement. Après Aibo, le marché devra prouver qu’un compagnon robotique peut séduire au-delà de la curiosité technologique.

articles similaires
aujourd'hui
POPULAIRE