Pour sa sœur, il traverse l’Europe et récolte 120 000 €

En reliant Paris à plusieurs pays européens, Édouard Lesellier, alias Monodie, a transformé un défi sportif en élan de solidarité. Parti à vélo pour honorer la mémoire de sa sœur, disparue d’un cancer, le streamer a mobilisé sa communauté autour d’une cause essentielle : la Ligue contre le cancer. Au fil de 7 800 kilomètres, entre fatigue, rencontres et directs sur Twitch, son périple a récolté 120.000 € et rappelé la puissance des engagements personnels lorsqu’ils deviennent collectifs. Retour sur une aventure humaine, familiale et numérique, portée par la mémoire, l’endurance et l’espoir partagé, au service d’une cause universelle et urgente.

Monodie boucle son défi de sept mille huit cents kilomètres à vélo pour la Ligue contre le cancer

Parti le 1er avril 2026 du parvis de Notre-Dame de Paris, Édouard Lesellier, plus connu sous le nom de Monodie, y est revenu le 1er août après avoir parcouru plus de 7 800 kilomètres à vélo. En 123 jours, le streamer a traversé neuf pays européens avec un objectif clairement affiché : collecter des dons pour la Ligue contre le cancer et donner de la visibilité à la lutte contre la maladie.

À 34 ans, Monodie signe ainsi son défi sportif le plus ambitieux depuis le début de ses actions solidaires. Après un Paris-Marseille déjà réalisé au profit de la cause, il a choisi cette fois de voir plus grand, plus long, plus éprouvant. Le voyage, préparé en seulement deux mois, l’a conduit sur des routes parfois hostiles, entre côtes interminables, météo capricieuse et imprévus mécaniques.

Son retour à Notre-Dame a pris des allures de symbole. Amis, proches et membres de sa communauté étaient présents, venus de toute la France pour saluer l’arrivée d’un projet mêlant sport, streaming et engagement caritatif.

Sur Twitch, un tour d’Europe à vélo suivi en direct par une communauté solidaire

Le défi de Monodie n’était pas seulement une traversée physique de l’Europe. C’était aussi une aventure numérique, suivie en direct sur Twitch, où sa communauté a pu vivre les étapes, les difficultés et les moments d’émotion presque en temps réel. En pédalant caméra allumée, le streamer a transformé chaque kilomètre en rendez-vous collectif.

Cette dimension en direct a donné une force particulière au projet. Les spectateurs n’étaient pas de simples observateurs : ils accompagnaient l’effort, encourageaient dans les moments de doute et participaient à la collecte pour la Ligue contre le cancer. Sur Twitch, l’endurance de Monodie devenait un récit partagé, parfois drôle, parfois tendu, souvent profondément humain.

Le format a aussi montré une autre facette du streaming. Loin des studios, des jeux vidéo ou des discussions classiques, Monodie a utilisé la plateforme comme un outil de mobilisation. Sa route européenne est ainsi devenue un espace de sensibilisation, où la cause du cancer se racontait au fil des paysages, des douleurs et des rencontres.

La mémoire de sa sœur au cœur du combat de Monodie contre le cancer

Au centre de ce défi de 7 800 kilomètres, il y a une absence : celle de la sœur de Monodie, disparue en 2020 d’un cancer du poumon. Pour le streamer, cette traversée de l’Europe n’était pas seulement une performance sportive ou une opération caritative. Il la définit comme un devoir de mémoire, une manière de faire vivre son souvenir autrement.

Monodie explique que sa sœur voulait continuer à vivre, alors que lui-même traversait une période où l’envie d’avancer s’était fragilisée. Son combat à elle aurait ravivé le sien. C’est dans cette faille intime que s’est construit son engagement : pédaler pour aider, mais aussi pour transmettre ce que la maladie laisse derrière elle, au-delà des chiffres et des diagnostics.

Ce lien personnel donne au projet une intensité particulière. Chaque étape rappelle que la lutte contre le cancer concerne des familles, des histoires, des visages. En associant son deuil à une action publique, Monodie transforme une douleur privée en énergie collective, sans pathos excessif, mais avec une détermination constante.

Pannes, fatigue et dénivelés, les moments les plus rudes de la traversée

Le passage le plus difficile du périple s’est joué au Portugal, entre Porto et Santa Cruz da Trapa. Monodie y a affronté l’étape la plus longue, avec le plus fort dénivelé : près de huit heures d’effort sur une journée déjà éprouvante. Mais selon lui, la vraie cassure mentale est arrivée quelques jours plus tard, après Madrid.

La pluie, les chemins de terre, le sable et une chaîne cassée ont alors fait basculer l’aventure. Mal équipé pour réparer correctement, Monodie tente de repartir, mais les vitesses ne passent plus. Il chute, s’épuise, s’énerve. La fatigue physique et mentale s’additionne jusqu’à cette phrase répétée : « J’ai envie de tout arrêter ».

Ce moment révèle la dureté réelle d’un défi vélo longue distance. Derrière l’image inspirante du tour d’Europe, il y a des contraintes logistiques, des réservations d’hôtels, un calendrier serré et l’impossibilité de tout suspendre. La réparation sera finalement trouvée le lendemain dans une petite boutique, mais l’épisode restera comme l’un des plus noirs du parcours.

Avec sa mère sur la route, une aventure familiale derrière l’exploit

Monodie devait initialement partir seul. Pourtant, très vite, la réalité du terrain l’a obligé à revoir son organisation. Le streamer transportait son matériel dans une remorque accrochée au vélo, une charge avoisinant les cinquante kilos, à laquelle s’ajoutait son propre poids et les longues distances quotidiennes. L’équation devenait trop lourde.

À partir de Saint-Jean-de-Luz, son père intervient d’abord pour récupérer une partie du matériel. Puis, près de Madrid, sa mère prend le relais et l’accompagne sur la route. Sa présence va devenir essentielle, notamment dans les moments de panne, de fatigue ou de découragement. En Slovénie, la remorque sera finalement retirée définitivement, mais après les étapes les plus dures.

Cette aide familiale a donné une autre dimension au défi. Pour Monodie, partager ces 123 jours avec sa mère a été une chance, malgré l’usure et la longueur du voyage. Pour elle, l’accompagner était aussi une façon d’être utile et fière. Derrière l’exploit sportif, il y a donc une histoire de soutien discret, tenace et profondément familial.

Des rencontres bouleversantes qui donnent un visage à la solidarité contre le cancer

Parmi les souvenirs les plus forts du voyage, Monodie retient une rencontre en Espagne. Dans un village isolé, où tout semblait figé, une famille l’a accueilli avec sa mère pour une nuit. L’ambiance, simple et chaleureuse, tranche avec la fatigue accumulée sur la route. Très vite, les voyageurs ne sont plus traités comme des inconnus, mais comme des proches.

Au moment de partir, la famille refuse d’être payée. Monodie comprend alors que ce geste dépasse l’hospitalité ordinaire. Le mari, en larmes, a lui aussi perdu quelqu’un à cause du cancer. Son refus d’argent devient une manière de soutenir le combat du streamer, malgré ses propres besoins. Un don silencieux, mais immense.

Cette scène résume la force humaine du projet. La solidarité contre le cancer ne se limite pas aux collectes en ligne ou aux grandes campagnes nationales. Elle se manifeste aussi dans une maison ouverte, un repas partagé, une nuit offerte. Pour Monodie, ces rencontres donnent un visage concret à la cause qu’il défend.

Après cent vingt trois jours d’effort, Monodie prépare déjà la suite

À peine rentré à Paris, Monodie reconnaît une sensation paradoxale. Après 123 jours sur une selle, il avait hâte que l’aventure se termine. La fatigue, l’éloignement et les creux émotionnels avaient fini par peser lourd. Pourtant, dès le lendemain de son arrivée à Notre-Dame, le vide s’est installé. Comme si cette routine extrême lui manquait déjà.

Le streamer ne cache pas que le projet a été imparfait. Préparé en deux mois, le tour d’Europe a parfois souffert d’un manque d’anticipation, notamment sur le matériel, la mécanique et la charge transportée. Mais cette expérience n’a pas affaibli sa volonté d’agir. Au contraire, elle a confirmé son envie de poursuivre des défis solidaires au profit de la Ligue contre le cancer.

Monodie laisse entendre qu’une nouvelle idée est déjà en réflexion, sans en dévoiler les contours. Après Paris-Marseille puis ce tour d’Europe à vélo, son engagement semble s’inscrire dans la durée. Une certitude demeure : ses prochains projets continueront de mêler effort, mémoire et mobilisation collective.

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