vendredi 1 mars 2024

Un musulman nommé ministre de la défense en Ukraine : un véritable tournant dans l’histoire européenne !

Titre : Roustem Oumierov : Un musulman nommé Ministre de la Défense en Ukraine

Le 6 septembre dernier, le Parlement ukrainien a donné son approbation, à une très large majorité, à la nomination de Roustem Oumierov en tant que Ministre de la Défense. Ce passage de témoin politique témoigne de la modernité et de l’ouverture du nationalisme ukrainien, qui dépasse les clivages communautaires. En effet, Roustem Oumierov est non seulement le seul musulman à occuper un tel poste sur le continent européen, mais il a également été désigné par un président d’origine juive. Cette nomination est donc porteuse d’un message fort, incarnant la diversité et l’unité au sein de la société ukrainienne.

Cette décision met également en lumière le rôle crucial joué par la minorité tatare dans la résistance de l’Ukraine face à l’agression russe et dans sa lutte pour la libération des territoires occupés, y compris la Crimée, qui a été annexée par le Kremlin en 2014. Depuis cette annexion, les Tatars de Crimée ont été parmi les premiers à s’opposer à l’occupant russe, en boycottant massivement le référendum organisé pour justifier cette annexion illégitime.

Pour comprendre l’importance de cette minorité tatare en Crimée, il convient de se replonger dans l’histoire de la région. En 1774, Catherine II conquiert la Crimée, qui était alors sous la domination du Khanat de Crimée et du souverain tatare, depuis la cité montagnarde de Bakhtchissaraï. Les Tatars de Crimée bénéficiaient d’une certaine autonomie au sein de l’empire ottoman, mais cette situation a été abolie en 1783 par la Russie qui a absorbé le khanat et en a fait une province de Tauride. Malgré les tentatives de colonisations russes, la population de Crimée reste majoritairement tatare jusqu’à la guerre de Crimée de 1853-1856, durant laquelle la Russie est vaincue et se venge contre les Tatars, qu’elle considérait comme des complices des Occidentaux.

La politique coloniale russe a entraîné une diminution significative de la population tatare en Crimée, qui ne représentait plus qu’un tiers de la population en 1897. La République populaire de Crimée a été proclamée en 1917 par le parlement tatare, le qurultay, avec Bakhtchissaraï comme capitale. Cependant, cette indépendance sera éphémère face à l’expansionnisme bolchevique et à l’influence de Lénine. C’est sous le régime de Staline que les Tatars de Crimée ont subi le sort le plus tragique, accusés de collaboration avec les nazis, ils ont été déportés collectivement en 1944 vers l’Asie centrale. Cette déportation, appelée « sürgünlik » par les Tatars, a entraîné la mort d’un quart à la moitié de la population tatare.

Ce n’est qu’à partir de 1989, avec l’autorisation de Gorbatchev, que les Tatars exilés ont pu revenir en Crimée, désormais rattachée à l’Ukraine soviétique. Sous la présidence de Moustafa Djemilev, le Parlement tatare a été reconstitué et les Tatars ont joué un rôle déterminant dans le vote en faveur de l’adhésion de la Crimée à l’Ukraine indépendante en 1991. Depuis l’invasion russe en 2014, les Tatars de Crimée sont de nouveau victimes de répression de la part de l’occupant russe, en raison de leur engagement patriotique et de leur refus de reconnaître l’annexion illégale de leur territoire.

L’arrivée de Roustem Oumierov à la tête du ministère de la Défense ukrainien est donc significative à plus d’un titre. Non seulement elle met en avant la diversité et l’unité de la société ukrainienne, mais elle reconnaît également l’importance du rôle des Tatars de Crimée dans la résistance à l’agression russe. La nomination de Roustem Oumierov envoie un message fort aux Tatars de Crimée et à l’ensemble de la population ukrainienne, celui de la reconnaissance et du respect de leur contribution à la défense de leur pays.

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