TotalEnergies : Pouyanné nie toute optimisation fiscale

Devant l’Assemblée nationale, Patrick Pouyanné tente de clarifier un dossier sensible : la contribution fiscale de TotalEnergies en France. Alors que les débats sur les superprofits, les prix des carburants et la justice fiscale s’intensifient, le PDG réfute toute stratégie d’optimisation fiscale et met en avant la localisation réelle des bénéfices du groupe. Cette audition relance une question politique majeure : comment apprécier la fiscalité d’une multinationale dont l’essentiel des profits provient de l’étranger, mais dont l’impact économique et social reste fortement scruté dans l’Hexagone par les élus, les consommateurs et l’opinion publique, à l’heure des arbitrages budgétaires et énergétiques nationaux sensibles ?

TotalEnergies défend sa fiscalité en France face aux députés

Auditionné par la commission des finances de l’Assemblée nationale, Patrick Pouyanné a cherché à désamorcer les critiques visant la fiscalité de TotalEnergies en France. Le PDG du groupe a assumé une ligne claire : si l’entreprise paie peu d’impôt sur les sociétés dans l’Hexagone certaines années, ce n’est pas en raison d’un montage fiscal, mais parce que ses bénéfices français restent limités.

Face aux députés, notamment au président de la commission Éric Coquerel, le dirigeant a rappelé que TotalEnergies réalise l’essentiel de ses profits dans les pays producteurs d’hydrocarbures. En France, les activités dominantes relèvent surtout du raffinage, de la pétrochimie et de la distribution, des secteurs jugés moins rentables et exposés à une forte concurrence internationale.

Cette audition intervient dans un climat politique tendu, marqué par la hausse des prix de l’énergie, les profits élevés des majors pétrolières et les appels à une contribution exceptionnelle. Patrick Pouyanné, déjà entendu à plusieurs reprises depuis la crise énergétique de 2022, a défendu une contribution mondiale importante, affirmant que le groupe verse des montants fiscaux considérables hors de France.

Pourquoi TotalEnergies affirme payer peu d’impôts en France

La principale explication avancée par TotalEnergies tient à la localisation de ses profits. Selon Patrick Pouyanné, le groupe paie peu d’impôts en France parce que ses bénéfices y sont faibles, alors que la création de valeur se concentre dans les pays où l’entreprise extrait du pétrole et du gaz. Autrement dit, l’impôt serait acquitté là où les résultats sont réellement générés.

Le PDG met en avant un contraste entre le chiffre d’affaires mondial, qui peut atteindre des niveaux considérables, et la rentabilité des activités françaises. En France, les raffineries et la pétrochimie subissent des coûts élevés, une demande fluctuante et une compétitivité jugée insuffisante face à d’autres zones industrielles. Ce décalage alimente pourtant l’incompréhension, car les profits globaux du groupe restent très importants.

TotalEnergies insiste aussi sur son taux d’imposition mondial. Entre 2022 et 2025, l’entreprise affirme avoir versé environ 100 milliards de dollars aux États, en impôts sur les sociétés et taxes à la production. Pour le groupe, cet argument vise à montrer que sa contribution fiscale existe bel et bien, même si elle n’apparaît pas principalement dans les comptes français.

Optimisation fiscale, Patrick Pouyanné rejette les accusations

Patrick Pouyanné a fermement contesté les accusations d’optimisation fiscale visant TotalEnergies. Devant les députés, le dirigeant a qualifié de « fable » l’idée selon laquelle le groupe organiserait artificiellement ses bénéfices pour les faire apparaître dans des pays à fiscalité plus avantageuse. Sa défense repose sur un argument simple : certains pays producteurs appliquent une fiscalité bien plus lourde que la France.

Le PDG a notamment souligné que le taux français d’impôt sur les sociétés, autour de 25 %, n’est pas le plus élevé auquel TotalEnergies est confronté. Dans plusieurs États où le groupe exploite des hydrocarbures, la pression fiscale peut atteindre 50 %, voire davantage lorsque s’ajoutent les taxes à la production. Dans cette logique, il serait paradoxal, selon lui, d’accuser l’entreprise de déplacer ses profits hors de France pour payer moins.

Cette prise de position vise à répondre à un soupçon récurrent : celui d’un écart entre les profits mondiaux spectaculaires et la faible imposition française. Mais pour TotalEnergies, la question n’est pas celle d’un montage comptable. Elle relève d’abord de la géographie industrielle du groupe, dont les revenus proviennent majoritairement des zones d’extraction et non du marché français.

TotalEnergies pourrait payer davantage d’impôts en France en 2026

TotalEnergies pourrait voir sa facture fiscale française augmenter en 2026 si ses résultats dans l’Hexagone s’améliorent. Patrick Pouyanné a indiqué que les raffineries françaises du groupe pourraient dégager davantage de bénéfices si elles continuent de fonctionner à haut niveau, notamment sous l’effet des tensions géopolitiques et des perturbations sur les marchés pétroliers.

Cette évolution aurait une conséquence directe : l’entreprise pourrait être redevable de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, reconduite dans le budget 2026. Jusqu’ici, l’argument de TotalEnergies reposait sur une rentabilité française insuffisante. Si celle-ci progresse, le débat fiscal pourrait donc changer de nature, avec une imposition plus visible en France.

Le contexte international joue un rôle central. Les conflits en Ukraine puis au Moyen-Orient ont fortement modifié les équilibres énergétiques, avec des marges de raffinage parfois plus favorables. Pour les députés favorables à une taxation renforcée, cette perspective confirme qu’une partie des gains exceptionnels doit revenir à la collectivité. Pour TotalEnergies, en revanche, toute fiscalité supplémentaire doit tenir compte des investissements, des risques industriels et de la volatilité des marchés.

Superprofits de TotalEnergies, le bras de fer politique reprend

Le débat sur les superprofits de TotalEnergies reste l’un des points les plus sensibles entre le groupe pétrolier et une partie de la classe politique. À gauche, plusieurs élus considèrent que les bénéfices exceptionnels réalisés dans un contexte de guerre et de flambée des prix de l’énergie justifient une taxation spécifique. Éric Coquerel a notamment défendu l’idée d’une contribution destinée à compenser l’impact de la crise sur les ménages.

Patrick Pouyanné oppose à cette lecture une réponse directe : TotalEnergies n’est pas responsable des conflits qui bouleversent les marchés mondiaux. Le dirigeant estime que le groupe a déjà pris sa part, notamment en mettant en place un plafonnement volontaire des prix à la pompe dans ses stations. Selon lui, cette mesure constitue une contribution concrète, décidée sans obligation légale.

Le bras de fer est donc autant fiscal que politique. Les partisans d’une taxe sur les superprofits veulent capter une partie des gains jugés exceptionnels. TotalEnergies, de son côté, prévient qu’une surtaxation pourrait fragiliser ses engagements volontaires. Derrière cette confrontation se pose une question centrale : comment répartir les coûts d’une crise énergétique entre entreprises, État et consommateurs ?

Prix des carburants, le plafonnement devient un enjeu fiscal

Le plafonnement des prix des carburants est désormais au cœur du débat fiscal autour de TotalEnergies. Patrick Pouyanné affirme que cette mesure, appliquée dans les stations du groupe, représente un effort financier significatif. Devant les députés, il a évoqué un manque à gagner proche de 200 millions d’euros depuis le début de la guerre fin février, en soulignant que ce plafond pouvait être inférieur au prix de revient.

Pour TotalEnergies, ce dispositif prouve que l’entreprise contribue déjà à protéger les automobilistes contre la flambée des prix. Le groupe insiste sur son modèle intégré, de l’extraction jusqu’à la distribution, qui lui permettrait d’absorber une partie du coût sans répercussion immédiate sur les consommateurs. Cet argument est devenu un levier politique dans la discussion sur une éventuelle surtaxation.

Patrick Pouyanné a toutefois averti qu’une taxe supplémentaire pourrait remettre en cause ce plafonnement. Sa formule est explicite : l’État ne peut pas, selon lui, demander à l’entreprise de financer deux fois le même effort. Pour les élus favorables à un blocage plus large des prix, cette position ressemble à une pression. Pour le groupe, elle relève d’un arbitrage économique entre prix à la pompe, fiscalité et rentabilité.

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