Après plusieurs années portées par l’engouement des ménages pour l’amélioration de l’habitat, les magasins de bricolage font face à un net ralentissement en France. La baisse des ventes traduit moins un désintérêt qu’un changement d’arbitrage, dans un contexte de pouvoir d’achat contraint, de crédit plus cher et de projets immobiliers différés. Entre recul des rayons liés aux gros travaux, résistance du chauffage et montée du bricolage en ligne, le secteur cherche de nouveaux relais. Cette tendance interroge la capacité des enseignes à préserver leur dynamique commerciale tout en répondant aux besoins durables des consommateurs français, dans un marché sous tension.
Le marché du bricolage recule encore mais reste au-dessus de son niveau d’avant-crise
Le marché du bricolage a enregistré en 2025 une nouvelle baisse de son chiffre d’affaires, estimée à -1,4 %, confirmant une troisième année consécutive de recul après l’envolée observée pendant la crise sanitaire. Les grandes surfaces spécialisées, de Leroy Merlin à Castorama, en passant par Mr Bricolage et Bricomarché, ont généré 21,8 milliards d’euros de ventes, selon les données communiquées par la Fédération des magasins de bricolage et Inoha.
Ce repli ne signifie toutefois pas un effondrement du secteur. Le niveau d’activité reste supérieur à celui de 2019, où le marché atteignait environ 20 milliards d’euros. Autrement dit, le bricolage corrige une partie de l’exceptionnelle dynamique post-Covid, sans revenir à son point de départ. La période 2021-2022, marquée par un chiffre d’affaires de 23,4 milliards d’euros, apparaît désormais comme un pic difficilement soutenable.
Dans un contexte d’inflation persistante, de taux d’intérêt élevés et de prudence budgétaire, les ménages arbitrent davantage leurs dépenses. Mais l’attachement au logement demeure solide : la maison reste une valeur refuge, même lorsque les projets sont reportés ou réduits.
Les Français freinent leurs travaux sans renoncer à leur logement
Les Français dépensent moins dans le bricolage, mais ils ne tournent pas le dos à leur habitat. La baisse du marché traduit surtout une attitude plus sélective : les ménages priorisent les interventions indispensables, reportent les projets lourds et comparent davantage les prix avant d’acheter. Le logement conserve pourtant une place centrale dans les décisions de consommation, notamment depuis la crise sanitaire, qui a durablement renforcé l’importance accordée au confort intérieur.
Cette prudence s’explique par un environnement économique encore tendu. Entre hausse du coût de la vie, factures énergétiques élevées et incertitudes sur le pouvoir d’achat, de nombreux foyers réduisent les dépenses jugées non urgentes. Les travaux d’embellissement, d’agrandissement ou de rénovation complète sont donc plus facilement différés que les réparations nécessaires ou les équipements liés au confort quotidien.
Le phénomène ne traduit pas une perte d’intérêt pour le bricolage en France, mais une transformation des usages. Les consommateurs achètent plus utile, plus ciblé, parfois en plusieurs étapes. Le panier moyen peut se contracter, tandis que la demande pour des solutions pratiques, économiques et durables reste présente. Le logement reste ainsi un actif émotionnel et patrimonial, mais les travaux sont désormais soumis à des arbitrages plus stricts.
Chauffage et électricité résistent grâce au confort thermique
Dans un marché globalement orienté à la baisse, deux rayons tirent leur épingle du jeu : le chauffage et l’électricité. Le premier progresse de 3,3 % en 2025, porté notamment par les ventes de climatiseurs, de ventilateurs et d’équipements destinés à améliorer le confort thermique. Les épisodes de fortes chaleurs ont accéléré les achats, confirmant l’adaptation progressive des ménages aux variations climatiques.
Le rayon électricité affiche, lui, une hausse plus modérée de 0,6 %, mais significative dans un contexte de recul général. Cette résistance s’explique par l’intérêt croissant des particuliers pour les petits travaux électriques, la rénovation de l’éclairage, la sécurisation des installations ou encore l’intégration d’équipements plus économes. Les consommateurs cherchent à mieux maîtriser leur consommation, sans nécessairement engager de gros chantiers.
Ces deux segments bénéficient d’un point commun : ils répondent à des besoins immédiats et tangibles. Améliorer la température d’une pièce, moderniser un tableau électrique, installer des luminaires LED ou optimiser la ventilation sont des dépenses perçues comme utiles. Dans un budget contraint, le confort thermique et la sécurité électrique deviennent des priorités plus faciles à justifier que les rénovations purement décoratives.
Bois menuiserie plomberie et cuisine subissent les arbitrages des ménages
Les rayons les plus liés aux projets lourds de rénovation accusent le coup. En 2025, le segment bois et menuiserie recule de 2,4 %, tandis que la catégorie plomberie, salle de bains et cuisine baisse de 1,5 %. Ces chiffres illustrent un ralentissement des chantiers coûteux, souvent associés à des travaux longs, techniques et fortement dépendants du budget disponible.
Changer des fenêtres, rénover une cuisine, refaire une salle de bains ou engager des travaux de menuiserie intérieure représente un investissement important. Dans le contexte actuel, ces projets sont plus facilement reportés, même lorsqu’ils restent envisagés à moyen terme. Les ménages privilégient les réparations ponctuelles, les achats de remplacement ou les améliorations progressives, plutôt que les rénovations complètes.
La baisse de ces rayons révèle aussi la sensibilité du bricolage aux conditions du marché immobilier et au crédit. Lorsque les transactions ralentissent ou que les financements deviennent plus coûteux, les travaux d’aménagement suivent la même tendance. Les enseignes doivent donc composer avec des consommateurs plus prudents, attentifs aux promotions, aux solutions modulaires et aux produits offrant un bon rapport qualité-prix. Le besoin existe toujours, mais la décision d’achat devient plus longue, plus réfléchie et davantage conditionnée par le pouvoir d’achat.
Le bricolage en ligne gagne du terrain face au recul des magasins
Le bricolage en ligne poursuit sa progression, à contre-courant des ventes en magasins. En 2025, les ventes sur Internet des grandes surfaces de bricolage augmentent de 7,7 %, tandis que les ventes physiques reculent de 1,9 %. Le digital représente désormais 6,2 % du chiffre d’affaires total du secteur, une part encore minoritaire, mais en croissance régulière.
Cette évolution reflète de nouveaux comportements d’achat. Avant de se rendre en magasin, les particuliers comparent les prix, vérifient les stocks, consultent les avis clients et recherchent des conseils techniques. Pour certains produits standardisés, comme l’outillage, les accessoires électriques, la quincaillerie ou les petits équipements, l’achat en ligne s’impose comme une solution rapide et pratique.
Les enseignes développent donc des stratégies omnicanales : commande sur Internet, retrait en magasin, livraison à domicile, tutoriels, simulateurs et guides de choix. Le magasin conserve un rôle essentiel pour les matériaux volumineux, le conseil personnalisé et la visualisation des produits, mais le parcours client commence de plus en plus souvent sur écran. Dans un marché en recul, le numérique devient un levier de croissance, de fidélisation et d’efficacité commerciale pour les acteurs du bricolage.
La rénovation des logements anciens pourrait relancer le bricolage
La reprise des transactions dans l’immobilier ancien constitue l’un des principaux motifs d’espoir pour le secteur. En 2025, les ventes de logements anciens progressent de 14 %, pour atteindre environ 951 000 transactions. Or, l’achat d’un bien ancien s’accompagne fréquemment de travaux : remise aux normes, rénovation énergétique, réaménagement intérieur, modernisation de la cuisine ou transformation de la salle de bains.
Ce lien direct entre immobilier ancien et bricolage pourrait soutenir l’activité dans les prochains mois. Les nouveaux propriétaires engagent souvent des dépenses dès l’emménagement, soit pour adapter le logement à leurs besoins, soit pour valoriser leur patrimoine. Même lorsque les budgets sont serrés, certains travaux deviennent incontournables, notamment ceux liés à l’isolation, au chauffage, à l’électricité ou à la plomberie.
La rénovation énergétique joue également un rôle structurant. Face aux exigences de performance des logements et au coût de l’énergie, les ménages cherchent des solutions pour réduire leurs factures et améliorer le confort. Les enseignes de bricolage pourraient ainsi bénéficier d’une demande plus technique, orientée vers les matériaux isolants, les équipements économes et les outils de rénovation. Si cette dynamique se confirme, le marché pourrait retrouver un relais de croissance solide, moins dépendant de l’effet exceptionnel observé pendant la période Covid.


