Bricolage en France : pourquoi le marché recule

Après l’euphorie des années Covid, le marché du bricolage traverse en France une phase de recul durable, révélatrice de profondes mutations économiques et commerciales. Entre pouvoir d’achat sous pression, ralentissement immobilier, arbitrages des ménages et concurrence accrue des plateformes en ligne, les enseignes historiques doivent repenser leur modèle. Pourtant, la baisse observée depuis trois ans ne signifie pas la fin de l’appétit des Français pour l’amélioration de l’habitat. Elle traduit plutôt un retour à des achats plus ciblés, utiles et rationnels, dans un secteur toujours stratégique pour la consommation et la rénovation résidentielle en période d’incertitude économique prolongée et sociale.

Le bricolage recule en 2025 mais reste au-dessus de l’avant Covid

Le marché du bricolage en France poursuit son repli en 2025, avec une baisse estimée à -1,4 % du chiffre d’affaires, après un recul plus marqué de -4,3 % en 2024. Mais cette contraction ne traduit pas un effondrement du secteur. Elle s’apparente davantage à une normalisation progressive après les années exceptionnelles de la crise sanitaire, durant lesquelles les ménages avaient massivement investi dans leur logement.

Pendant les confinements, les Français ont transformé leur intérieur, aménagé leurs extérieurs et multiplié les achats d’outillage, de peinture, de matériaux ou de décoration. Cette dynamique, dopée par le temps passé à domicile, avait porté artificiellement les ventes des grandes surfaces de bricolage. L’inflation a ensuite maintenu les chiffres d’affaires à un niveau élevé, même lorsque les volumes commençaient déjà à ralentir.

En 2025, le secteur atterrit donc, mais il reste nettement supérieur à son niveau de 2019. Pour les enseignes, l’enjeu n’est plus seulement de gérer une baisse ponctuelle, mais de s’adapter à un marché moins euphorique, plus sélectif et davantage guidé par les arbitrages budgétaires des consommateurs.

Pouvoir d’achat et immobilier freinent les grands travaux des Français

La principale pression sur le bricolage en 2025 vient du portefeuille des ménages. Avec un pouvoir d’achat contraint, les Français repoussent les projets coûteux et privilégient les achats indispensables. Les grands chantiers, comme la rénovation d’une cuisine, la création d’une salle de bains ou l’aménagement complet d’un logement, sont les premiers touchés.

Le blocage du marché immobilier neuf pèse également lourd. Moins de constructions, moins de livraisons et moins de déménagements signifient mécaniquement moins de travaux. Or, l’achat d’un bien ou l’entrée dans un nouveau logement constituent traditionnellement des déclencheurs majeurs pour les dépenses de bricolage, d’équipement et de rénovation. Même si les ventes dans l’ancien ont montré quelques signes de reprise en 2025, avec environ 951 000 transactions, l’élan reste insuffisant pour relancer pleinement la demande.

Dans ce contexte, les consommateurs arbitrent. Ils réparent plutôt que remplacer, rénovent par petites étapes et comparent davantage les prix. Le bricolage plaisir cède du terrain au bricolage utile, plus rationnel, souvent limité à l’entretien du logement ou aux travaux nécessaires pour réduire les dépenses énergétiques.

Amazon ManoMano Temu et Lidl bousculent les enseignes de bricolage

La concurrence ne vient plus seulement des magasins spécialisés : Amazon, ManoMano, Temu et Lidl redessinent les habitudes d’achat dans le bricolage. En 2025, la vente en ligne des enseignes traditionnelles progresse encore, mais une partie croissante du marché échappe aux circuits historiques via les places de marché et les plateformes à prix agressifs.

Amazon attire par la rapidité de livraison, l’abondance de l’offre et la puissance de ses avis clients. ManoMano s’est imposé comme un acteur spécialisé du bricolage et du jardin, particulièrement visible sur les outils, les accessoires et les équipements techniques. Temu, de son côté, séduit les consommateurs les plus sensibles au prix, notamment sur la petite décoration, les luminaires, les accessoires de rangement ou l’outillage léger.

Lidl constitue un cas à part. Avec sa gamme Parkside, l’enseigne discount est devenue un acteur incontournable de l’outillage en France, au point de concurrencer directement les rayons spécialisés. Ses prix bas, ses arrivages événementiels et sa notoriété grandissante fragilisent les grandes surfaces de bricolage sur les achats d’impulsion. En revanche, ces nouveaux concurrents restent moins performants sur les matériaux lourds, le conseil technique et les achats liés à des chantiers complexes.

Leroy Merlin Castorama et les acteurs historiques ripostent par les prix et les services

Face à la pression des plateformes et du discount, Leroy Merlin, Castorama et les enseignes historiques renforcent leur offensive sur deux fronts : les prix et les services. L’objectif est clair : conserver les clients particuliers tout en captant davantage les professionnels, un segment jugé plus régulier et moins dépendant des achats d’impulsion.

Leroy Merlin, leader du secteur avec une part de marché très importante en France, a notamment accéléré sur les gammes économiques. Le lancement d’offres ultra-compétitives, comme Essential by Works, traduit cette volonté de répondre aux prix bas du Web et aux produits d’appel de Lidl. Les enseignes ne peuvent plus compter uniquement sur leur largeur de gamme ou leur notoriété ; elles doivent prouver leur compétitivité dès le premier prix.

Mais la riposte ne se limite pas aux étiquettes. Les distributeurs misent aussi sur les services : retrait rapide, livraison chantier, location d’outils, accompagnement projet, pose à domicile et espaces dédiés aux artisans. Des concepts comme Casto Pro ou Leroy Merlin Pro, avec des horaires élargis dès le matin, visent à devenir des partenaires opérationnels des professionnels. Pour les particuliers, la promesse évolue vers des solutions clés en main, mêlant matériel, conseil et installation.

Chauffage électricité et jardin résistent dans un marché du bricolage sous pression

Malgré le ralentissement général, certains rayons continuent de soutenir le marché du bricolage. Le chauffage progresse notamment en 2025, porté par les préoccupations énergétiques, les épisodes de chaleur et la recherche de confort à domicile. Les ventes de climatiseurs, ventilateurs et équipements de régulation enregistrent une dynamique particulièrement solide.

Le rayon électricité résiste lui aussi, stimulé par la rénovation énergétique, la modernisation des logements et la montée des équipements connectés. Remplacement de tableaux électriques, installation d’éclairages LED, amélioration de la sécurité domestique ou optimisation de la consommation : ces achats répondent à des besoins concrets, souvent perçus comme prioritaires par les ménages.

Le jardin, quant à lui, reste quasiment stable. Après l’euphorie des années Covid, les Français continuent d’entretenir leurs extérieurs, mais avec davantage de prudence dans les dépenses. Les achats se concentrent sur l’entretien, l’arrosage, les petits équipements et le mobilier durable. Enfin, les univers plomberie, cuisine et salle de bains reculent modérément, mais demeurent au-dessus de leur niveau d’avant-crise. Dans un marché sous tension, ces segments montrent que les dépenses liées au confort, à l’efficacité énergétique et à l’entretien du logement restent stratégiques.

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